Analyse du vote du second tour de l’élection présidentielle

François HOLLANDE est élu président de la République française

51,67 % des voix

Alors que le total des voix de gauche n’atteignait que 43,7% au premier tour de l’élection présidentielle, François Hollande a gagné la bataille du second tour avec 51,7% des voix. Le sondage réalisé auprès de 3123 personnes par Ipsos-Logica Business Consulting les trois jours précédents le scrutin permet de comprendre comment il a résolu cette équation et quels électorats il a ralliés à lui. Une comparaison avec une enquête similaire d’Ipsos il y cinq ans révèle de la même façon ceux qui ont fait défaut à Nicolas Sarkozy en 2012.

Le challenge de François Hollande en matière de reports de voix était plus simple que celui du président sortant. Il devait notamment mobiliser au maximum les électeurs de Jean-Luc Mélenchon (pari gagné malgré 10% d’abstention) et puiser les voix manquantes auprès des électeurs de François Bayrou et de Marine Le Pen. Il a ainsi réussi à capter 29% des électeurs frontistes et 29% du vote centriste, selon Ipsos.

Le vote sanction a joué à plein

Pour l’emporter, Nicolas Sarkozy devait, lui, rallier massivement les électeurs du Front National, ce qu’il a assez bien réussi à faire en attirant 51% des électeurs de Marine Le Pen. Mais c’est tout de même 12 points de pourcentage de moins qu’en 2007, selon Ipsos. Il a en revanche maintenu son taux de reports issus de l’électorat centriste autour 40% entre les deux élections présidentielles.

Le président sortant paie ici le prix d’un vote sanction qui a vu 55% des électeurs de François Hollande choisir le candidat socialiste ” principalement pour faire barrage ” à Nicolas Sarkozy. C’est le cas de 71% des électeurs venus de Mélenchon et 75% de ceux venus de Bayrou. De leur côté, les électeurs de Nicolas Sarkozy ont émis davantage un vote d’adhésion, à 55% parce qu’ils voulaient qu’il soit reconduit à la présidence, contre seulement 45% qui désiraient faire barrage au candidat socialiste.

Hollande perce chez les cadres et les salariés du privé

François Hollande confirme la préférence traditionnelle des jeunes pour la gauche. Il l’emporte dans toutes les catégories de moins de 60 ans, et réalise ses meilleurs scores auprès des 25-35 ans (62%) et des 18-24 ans (57%).

Majoritaire chez les actifs, il rafle sans surprise 65% des suffrages des salariés du secteur public et 53% de ceux du privé. Une inversion de tendance par rapport à 2007 car Nicolas Sarkozy l’avait emporté dans cet électorat face à Ségolène Royal.

François Hollande a par ailleurs poussé son avantage dans les électorats ouvriers (58% contre 54% pour Ségolène Royal en 2007) et employés (57% alors que Nicolas Sarkozy faisait presque jeu égal il y cinq ans). Il domine également sans surprise dans les catégories défavorisées que sont les chômeurs (62%) et les bas revenus (59%)

Mais la nouveauté, c’est qu’il a gagné la bataille des professions libérales et des cadres qui ont voté pour lui à 52% contre 48% à Nicolas Sarkozy. Soit une inversion parfaite du rapport de force de 2007.

Sarkozy majoritaire chez les vieux

Au final, l’électorat du président sortant ” se réduit au noyau traditionnel de l’électorat de droite “, explique Ipsos. Nicolas Sarkozy n’est ainsi majoritaire qu’auprès des plus de 60 ans (59%), des retraités (57%), des indépendants et commerçants, où il a toutefois cédé 9 points en 5 ans à 61%, et des revenus supérieurs à 3000 euros (56%).

L’avenir de la droite UMP

  • Des critiques aux règlements de comptes

Juppé, Fillon, Copé…Qui sera le successeur de Nicolas Sarkozy ?

La question est déjà posée avant même les législatives. Ca n’aura pas tardé : le soir même de la défaite, quelques personnalités de droite ont déjà fait entendre des voix dissonantes. Quelques critiques sincères, sans aucun doute, mais surtout beaucoup de stratégie, chacun cherchant à faire valoir ‘orientation de son propre courant dans l’optique d’une très prochaine recomposition de la droite. 

Les ex fidèles chiraquiens (Baroin, Juppé) que l’ont peut associer à la Droite “modéré” pourraient être marginalisés au profit d’une Droite plus radicale menés sous la férule de Jean François Copé et avec comme figures de proues les Guéant, Patrick Buisson ou Brice Hortefeux.

Vient ensuite le cas du Nouveau Centre et du Parti Radical, subventionné jusqu’à présent par l’UMP, mais la disparition progressive du Modem dans l’échiquier politique vont les inciter à prendre leurs indépendances progressivement par rapport à l’UMP pour s’affirmer comme un véritable parti centriste, le digne successeur légitime de l’UDF de Valéry Giscard d’Estaing.

Enfin, reste la jeune génération (NKM, Pécresse, Wauquiez, Bougrahb) qui bénéficient d’une image “gaucho-génique” à cause (grâce) à leurs idées moins radicale et opposer farouchement à toute négociation avec le FN.

Un article d’Alberto TOSCANO

Peut-on affirmer après le premier tour du scrutin de l’élection présidentielle et à quelques heures de l’issue du second que les carottes sont cuites ? A mon avis, oui, dans le sens où les possibilités de Nicolas Sarkozy de renverser la vapeur et d’obtenir la majorité absolue au second tour sont minimes et où l’intérêt de la famille Le Pen est de l’éjecter du jeu politique. Le candidat de l’UMP chassant sur les mêmes prairies électorales que le Front national – immigration, frontières, Schengen, etc -, le FN a tout intérêt à éliminer ce rival politique.

 

Les affiches de campagne 2012 de Sarkozy et Le Pen (P. KOVARIK/AFP)

Les affiches de campagne 2012 de Sarkozy et Le Pen (P. KOVARIK/AFP)

 

Les trois clés de la défaite de Sarkozy


Trois facteurs ont pesé sur l’issue du scrutin : la crise économique, Nicolas Sarkozy lui-même et la  ”mentalité française”.

 

Le contexte économique européen et international a joué et joue encore contre tous les gouvernements en place. Certains ont été balayés par les urnes, comme en Espagne, d’autres de manière plus indirecte, comme le gouvernement Berlusconi en Italie. La crise actuelle est un facteur de forte déstabilisation de tous les pouvoirs en place et Nicolas Sarkozy ne fait pas exception.

 

D’autre part, pendant toute la première moitié de son mandat, Nicolas Sarkozy a sous-estimé le risque de perdre les élections de 2012. Il a fait preuve de beaucoup d’assurance en dépit d’un certain cumul de bourdes : le Fouquet’s, la tentative de placement de son fils Jean à la tête de l’Epad, le bouclier fiscal… Quand il s’est aperçu qu’il risquait de perdre sa place, le président de la République a commencé à changer d’attitude, mais c’était manifestement trop tard.

 

Enfin, ce qu’on peut nommer un “facteur français” n’est pas à négliger : il s’agit de la nostalgie qui anime le peuple français depuis des décennies, et dont on ne connaît d’ailleurs pas très bien l’objet exact. Toujours est-il que les Français adorent utiliser les urnes pour punir les hommes politiques. Ils l’ont fait en 1981 avec Giscard d’Estaing, en 1986 avec Mitterrand, en 1988 avec Chirac, en 1993 avec la gauche, en 1997 avec la droite, en 2002 avec Jospin et la gauche, et en 2007 avec Chirac. 2012 et Nicolas Sarkozy viennent compléter ce tableau.

 

Les législatives, plus décisives encore


Et maintenant ? Une fois le constat dressé, que peut-il se produire ? L’enjeu ne se situe pas tant dans  le second tour de la présidentielle – les carottes sont cuites – que dans les législatives, qui se déroulent en juin.

 

La droite française sort en effet de cette élection présidentielle dans un contexte de confusion mentale comparable, et même pire, à la situation de 1981. En 1981, la droite connaissait une période de troubles, mais elle n’était pas obligée de compter avec un FN à presque 20%. C’est le cas aujourd’hui.

 

La droite française est traditionnellement divisée en trois âmes, avant même d’être divisée en partis : l’âme de la droite radicale, extrême ; l’âme de la droite libérale, bayrouiste, démocrate-chrétienne ; et l’âme gaulliste, pratiquement la plus en crise de toutes.

 

A cette situation de crise s’ajoute le fait que le FN pourrait rafler certaines circonscriptions, ce qui serait une défaite catastrophique pour la droite. Les socialistes, eux, pourraient obtenir, avec le soutien des radicaux de gauche, la majorité absolue à l’Assemblée nationale, chose qui s’est produite uniquement en 1981 avec Mitterrand.

 

Le vrai match est donc celui de la majorité absolue du PS (et des radicaux de gauche) en juin à l’Assemblée. Si les socialistes ne l’obtiennent pas, alors ils devront essayer de trouver des compromis délicats. Le but de François Hollande est d’éviter cette situation.

 

La droite française, avec ou sans le FN ?


Dans ce contexte se pose le problème de la droite française et de sa refondation. Cette dernière doit-elle inclure ou non le Front national ?

 

A mon sens, l’entreprise dont le point de référence est incarné par l’avocat Gilbert Collard est une opération à l’italienne, qui consiste à supprimer les pointes de nostalgie fasciste et antisémite du FN pour en faire un parti certainement anti-immigrés, mais qui ne se poserait plus à l’extérieur du système politique. Le but est de faire évoluer le Front national d’une attitude anti-système à une attitude conforme avec le système, comme cela s’est produit en Italie avec le Movimento Sociale Italiano, entré dans la droite classique. Désormais, il n’y a plus en Italie d’extrême droite au sens traditionnel. Elle a été absorbé par le système, au point paradoxal que Gianfranco Fini, le leader du Movimento Sociale Italiano, est aujourd’hui classé au centre et allié à la gauche dans le contexte actuel. Une autre partie de l’extrême droite est restée dans le parti de Berlusconi, mais il n’y a plus, en Italie, de grand parti radical à droite.

 

Si la volonté que je prête à Gilbert Collard se retrouve – qui sait ! – dans le cœur de Marine le Pen, cela mènerait in fine à la naissance de deux grandes formations politiques à droite : une droite radicale, anti-immigrée et euro-sceptique, composée d’une partie de l’actuelle UMP et d’une partie du FN, et une droite qui rassemblerait grosso modo la vieille UDF.

Existe-t-il une possibilité de la part de la droite française classique de stimuler une division du FN, pour pousser à une recomposition qui intégrerait une partie du FN ? Ce n’est pas exclu. Si la droite connaît une traversée du désert jusqu’aux prochaines élections municipales et régionales, c’est-à-dire durant les deux prochaines années, tous les discours de refondation des différents mouvements politiques à droite ne seront plus aussi absurdes qu’ils peuvent le paraître aujourd’hui.

Alberto Toscano

Quelques déclarations:

Jean-Louis Borloo,  président du Parti radical : « La réalité de cette crise nécessitait, il y a maintenant plus de deux ans, un véritable virage social de l’action gouvernementale. Chacun sait que cela n’a pas été le cas. »

David-Xavier Weiss, secrétaire national de l’UMP chargé de la presse et des médias : « Le centre de gravité de l’UMP sera recentré, les stratégies les plus droitières animées notamment par Patrick Buisson se sont avérées un échec total. (…) C’est surtout à M. Buisson que nous devons la défaite de la droite par le refus de toute ouverture voire de tout débat sur les sujets de société comme le mariage gay, le droit de vote des étrangers aux élections locales ou encore l’euthanasie ».

Jean-Pierre Raffarin, ancien Premier ministre : « Je pense que dans le passé la gouvernance n’a pas été suffisamment diverse, je pense que dans l’avenir, il nous faut une vraie gouvernance avec plus de diversité ».

Dominique Paillé, ancien porte-parole adjoint de l’UMP et vice-président du parti radical : « je constate qu’aujourd’hui c’est la droitisation forcenée, et notamment dans l’entre-deux tours, qui a conduit très largement à ce résultat. Et donc j’en tire une conséquence évidente, c’est que la majorité actuelle, qui peut être l’opposition demain, doit se rééquilibrer avec un centre droit fort. »

Chantal Jouanno, sénatrice de Paris et ancienne ministre : « Ce que [Jean-François Copé] a défendu, sur le rapport au FN, sur l’immigration comme thème dominant, sur l’environnement ou les questions de société ne me convient pas. (…) Nous reviendrons en étant logiques avec nous-mêmes et nos valeurs. (…) En validant les mots et l’agenda du Front national, ou en donnant le sentiment de les valider, nous avons perdu des points dans la présidentielle ».

Patrick Devedjian, président du Conseil général des Hauts-de-Seine, ancien membre du groupuscule d’extrême-droite Occident : « Pour ma part, je ne suis pas convaincu, pas sûr que les clins d’œil ou appels aux électeurs du FN aient été de nature à nous servir (…). Dans la famille Buisson, je préfère Ferdinand [Ferdinand Buisson, cofondateur de la Ligue des droits de l’Homme, en opposition à Patrick Buisson, conseiller de Nicolas Sarkozy issu de l’extrême-droite maurassienne. NDLR] ».

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Analyse du débat présidentiel

Au cours de 2h50 d’un échange technique et tendu, François Hollande et Nicolas Sarkozy ont donné à voir un débat de belle tenue démocratique, ouvrant la réflexion tant sur les choix d’avenir de la France que sur deux manières d’incarner la fonction présidentielle.

Avantage pour François HOLLANDE quant aux objectifs poursuivis par la participation à ce rituel médiatique et politique: Il ne s’est ni démonté, ni “dégonflé” comme prédit par son rival. Il s’est au contraire montré bagarreur, ferme, précis et clair. Le candidat Sarkozy a été égal à lui-même , bon débatteur et maîtrisant tous les sujets. Toutefois il n’a pu dominer son contradicteur qui lui l’a mis en situation défensive et pertubé. Par ailleurs, le candidat socialiste a gagné la joute oratoire par des formules beaucoup plus incisives et marquantes (“moi président de la République je “, “je veux protéger les enfants de la République, vous vous voulez protéger les privilégiés”, “quoi qu’il arrive ce n’est jamais de votre faute”).

En revanche, trop peu de sujets ont été abordés, et peu de propositions ont émergé d’une avalanche inconsidérée de chiffres et de contradictions. Pourtant les candidats étaient devant plus de 17 millions de français et non devant un public d’étudiants d’écoles de commerce…

Le rôle des journalistes est à revoir, David Pujadas et Laurence Ferrari ont été vraiment en dessous de l’enjeu et n’ont absolument rien maitriser sur le plateau, d’ou l’inégalité manifeste entre le temps consacré aux thèmes proposés (économie et social, société, Europe, International qui n’a pas été abordé quasiment…)

Ce débat a vraiment pris l’allure d’un match de boxe oratoire et politique, et François Hollande a décoché plus de direct et d’uppercut que son adversaire. Tenir la dragée haute à Nicolas Sarkozy, c’est très rare et cela aura certainement un impact…

La vérification des chiffres avancés par les 2 candidats c’est ICI

Bilan contre propositions nouvelles : retour sur le face-à-face musclé “présidentielle 2012″:

L’invective au coeur du débat

Pas de round d’observation. A peine le débat lancé par Laurence Ferrari (TF1) et David Pujadas (France 2), un François Hollande offensif a lancé l’attaque. En creux. Se posant implicitement en anti-Sarkozy : “Je serai le président de la justice”, “du redressement” d’une France qui a “décroché” et “du rassemblement” de ces Français qui “ont été opposés les uns aux autres, divisés”.

Il n’en fallait pas plus pour faire réagir Nicolas Sarkozy. Proposant “un moment d’authenticité où chacun donne sa vérité”, le président-candidat a donné sa vision du “rassemblement” :

Le rassemblement, c’est un très beau mot, c’est une très belle idée mais il faut y mettre des faits. Le rassemblement, c’est quand on parle au peuple de France, à tous les Français. Je ne suis pas l’homme d’un parti, je ne parle pas à la gauche”.

Les hostilités bel et bien ouvertes, François Hollande s’est livré à un exercice de décryptage implacable des postures et effets rhétoriques de son adversaire –quitte à lui couper la parole à plusieurs reprises.

Victimisation. A un Nicolas Sarkozy lui reprochant d’avoir “cautionné” les attaques dont il a pu être l’objet (“quand on m’a comparé à Franco, à Laval, à Pétain, et pourquoi pas à Hitler, vous n’avez pas dit un mot”), François Hollande a répondu :

M. Sarkozy, vous aurez du mal à passer pour une victime et pour un agneau”.

Bouc émissaire. François Hollande a accusé Nicolas Sarkozy de se se défausser de ses responsabilités, lui lançant: “Avec vous c’est très simple, ce n’est jamais de votre faute, vous avez toujours un bouc émissaire”. Exemple :

Vous aviez dit 5% de chômage, c’est 10%” à la fin du quinquennat; et “ce n’est pas de votre faute, c’est de la faute de la crise, jamais vous”.

Mensonges et calomnies. Refusant d’être “traité de menteur”, François Hollande a observé : “C’est un leitmotiv qui devrait pour moi être insupportable mais qui dans votre bouche finit par être une habitude”. A Nicolas Sarkozy montant d’un cran, Hollande a rétorqué :

Vous n’êtes pas capable de tenir un raisonnement sans être désagréable avec votre interlocuteur. Et après, vous dites que vous êtes un président rassembleur?”

Le bilan de Nicolas Sarkozy au cœur du débat économique

Les deux hommes sont ensuite entrés dans le vif du sujet. Stratégies : attaque du bilan pour François Hollande, réformisme malgré la crise pour Nicolas Sarkozy.

Chômage

François Hollande a reproché au candidat sortant de ne pas avoir tenu sa promesse faite en 2007 de ramener le chômage à 5% : “le chômage a augmenté, si l’on prend l’ensemble des personnes inscrites, d’un million” pour atteindre “4 millions de personnes”. “C’est beaucoup, c’est énorme. C’est un record” et “c’est un échec”, a martelé François Hollande, qui a énuméré les mesures qu’il comptait mettre en œuvre pour y remédier, à commencer par le contrat de génération.

En face, Nicolas Sarkozy a dénoncé des chiffres “faux”, en s’appuyant de son côté sur les données du Bureau international du Travail (BIT). Il a défendu une augmentation de 18,7%, soit ” un taux de chômage qui a augmenté deux fois moins que (la moyenne de) nos partenaires de la zone euro” et prôné la restauration de la “compétitivité” pour “éviter le cancer des délocalisations”.

Déficits publics

François Hollance a fustigé l’augmentation de la dette publique “de 600 milliards d’euros depuis le début du quinquennat et plus de 900 milliards depuis 2002″, “responsabilité d’une équipe sortante depuis dix ans”. Le candidat socialiste a ainsi estimé :

Cette dette publique est née à la fois de vos largesses fiscales pour les plus favorisés et en même temps de cette incapacité qui a été la vôtre de maîtriser la dépense publique”.

“Vous voulez moins de riches, moi je veux moins de pauvres”, s’est défendu Nicolas Sarkozy, accusant son rival de “laxisme” et de “folie dépensière”. Le projet de créer 61.000 postes dans l’éducation nationale a concentré les attaques qui assure que “tout n’est pas une question de poste”.

Europe

François Hollande a rappelé son projet de renégocier le nouveau traité européen, pour plus de croissance, et a reproché à son rival de n’avoir rien obtenu de l’Allemagne dans la gestion de la crise. “Je ne peux mettre cela que sur l’incompétence, pas sur la mauvaise foi”, s’est défendu Nicolas Sarkozy, qui l’a accusé de découvrir “le fil à couper le beurre” en proposant la taxation des transactions financières, déjà votée par le Parlement français.

Les propositions de Hollande au cœur du débat sociétal 

- Immigration.

La passe d’arme attendue sur ce sujet n’a pas manqué. François Hollande a reproché à son rival “l’échec de sa politique d’immigration choisie”, alors que Nicolas Sarkozy a dénoncé : “Nous avons accueilli trop de monde. Nous devons donc réduire le nombre de ceux que nous accueillons”. Le candidat UMP a rappelé sa volonté, dans le cadre du rapprochement familial, “que soit organisé un examen de français avant l’entrée sur le territoire”. Il a également tenté de mettre en difficulté le candidat socialiste au sujet des centres de rétention.

Droit de vote des étrangers aux élections locales : un désaccord assumé

“C’est une position que je défends”, assume François Hollande. La mesure figure parmi ses 60 propositions. “Vous-même vous y étiez favorable pour les élections municipales”, lance-t-il à Nicolas Sarkozy qui, rappelons le, s’est dit partisan du droit de vote des immigrés au niveau local en 2005 et 2008. François Hollande se dit prêt à aller jusqu’au référendum :

Si la réforme ne passe pas au Parlement, ce sera aux Français de décider.”

A l’affût des voix du Front national, Nicolas Sarkozy a répondu,visant implicitement l’islam :

Si vous donnez le droit de vote aux immigrés, avec la tentation communautariste (…) à ce moment là pour les municipales il y aura des revendications identitaires et communautaires, des horaires différenciés pour les femmes et les hommes dans les piscines, des menus différenciés dans les cantines municipales, des médecins différenciés pour les hommes et les femmes dans l’hôpital.” 

- La République une et indivisible jusque dans les piscines et les cantines

François Hollande n’a pas laissé passer : ”Pourquoi laissez-vous entendre que les immigrés non européens sont musulmans?”. Il a rassuré :

Que les Français n’aient aucune inquiétude: sous ma présidence, il n’y aura aucune dérogation à quelque règle que ce soit en matière de laïcité. La loi sur la burqa, si je deviens président de la République, sera strictement appliquée. Aucun horaire de piscine ne sera toléré s’il fait la distinction entre les hommes et les femmes. Rien ne sera toléré en terme de présence de viande halal dans les cantines de nos écoles, il n’y a pas nécessité de faire peur.” 

Deux styles de présidence

François Hollande avait soigneusement préparé sa tirade. “Moi, président de la République, je ne traiterai pas mon Premier ministre de collaborateur. Moi, président de la République, je ne participerai pas à des collectes de fond pour mon parti dans un hôtel parisien. Moi, président de la République, je ferai en sorte que mon comportement soit exemplaire. Je ferai réformer le statut pénal du chef de l’Etat. Je constituerai un gouvernement paritaire, les ministres ne pourraient pas cumuler avec un mandat local. Je ferai en sorte que les partenaires sociaux soient considérés. (…) J’introduirais la représentation proportionnelle.” Il promet aussi qu’il n’y aura plus aucune pression sur les magistrats.

“On en a la larme à l’oeil”, l’a mouché Nicolas Sarkozy. “Le président de la République, c’est quelqu’un qui assume ses responsabilités, qui est profondément engagé.” Il contre-attaque : “Je ne prendrai pas de leçons d’un parti politique qui a voulu avec enthousiasme se rassembler derrière Dominique Strauss-Kahn.” Mais le candidat socialiste ne se démonte pas. Le dialogue est savoureux :

- Hollande : ”Je me doutais que vous en arriveriez là. Mais ce n’est pas moi qui ait nommé Dominique Strauss-Kahn à la tête du FMI”

- Sarkozy : “Mais je le connaissais moins bien que vous.”

- “Mais je ne le connaissais pas plus. En tout cas, vous le connaissiez suffisamment bien pour le nommer à cette haute fonction. Mais je trouve que venir sur le terrain de Dominique Strauss-Kahn n’est pas forcément aujourd’hui ce qui vous arrange le plus.”

“Vous avez nommé vos proches partout”, accuse François Hollande. Nicolas Sarkozy répond : “Ca, c’est un mensonge, c’est une calomnie, vous êtes un petit calomniateur” (sic).

 

Quitter l’Afghanistan, mais quand ?

Le débat sur la politique étrangère s’est résumé à une passe d’arme sur l’Afghanistan. La mission des 3.550 soldats français est “terminée”, estime François Hollande. “Il convient de retirer les troupes combattantes fin 2012.” “Donc j’annoncerai cette décision dès le sommet de l’Otan de Chicago” (20-21 mai), “Je le ferai en bonne intelligence avec nos alliés. D’autres pays se sont déjà retirés.”

“Progressivement nous nous désengageons, mais en bon ordre”, lui répond Nicolas Sarkozy. “Parce que j’ai la responsabilité de la parole de la France, donc de l’honneur de la France.” D’ailleurs, affirme-t-il, “partir en 2012, c’est d’abord techniquement impossible, compte tenu du matériel et des problèmes de sécurité que nous avons là-bas. Partir en 2012, ce serait parjure, par rapport à l’engagement avec nos partenaires, qui nous demandent que nous partions ensemble en 2013″.

Les passes d’arme du débat :

les deux finalistes de la présidentielle ont décoché des flèches sur un registre plus personnel.

“Vous êtes toujours content de vous”, a lancé le socialiste au président-candidat: “Quoi qu’il arrive, quoi qu’il se passe, vous êtes content. Les Français le sont moins, mais vous, vous êtes content”.

“C’est un mensonge”, a répondu M. Sarkozy.

“Vous êtes très mécontent de vous, j’ai dû me tromper, j’ai dû faire une erreur, donc je me mets à présenter mes excuses”, a enchaîné M. Hollande.

“M. Hollande, ce n’est pas le concours de la petite blague”, a rétorqué M. Sarkozy, usant d’un surnom dont était jadis affublé le député de Corrèze (M. Petites blagues).

“Non, non, ce n’est pas la blague non plus”, a dit le candidat socialiste, refusant catégoriquement d’être “traité de menteur”.

Un peu plus tard, les deux candidats se sont encore affrontés. “Dans votre volonté de démontrer l’indémontrable, vous mentez!”, a lancé M. Sarkozy à son adversaire, à propos de l’impôt sur la fortune, rendant la discussion assez inaudible.

“Ah, ça vous reprend?”, a rétorqué M. Hollande, “c’est un leitmotiv qui devrait pour moi être insupportable mais qui dans votre bouche finit par être une habitude, vous avez vraiment ce mot à la bouche”, et “à force de l’exprimer, ça veut dire que vous avez une propension qui m’apparaît assez grande à commettre ce que vous reprochez à d’autres”.

Le candidat UMP a enchaîné sur la France qui est “le seul pays d’Europe qui a gardé l’impôt sur la fortune”: la réforme de l’ISF “que j’ai faite, je l’ai conduite intégralement, financée par les plus fortunés” et “aller dire qu’il n’y a plus d’impôt sur la fortune, que nous avons fait des cadeaux aux riches, c’est une calomnie, c’est un mensonge!”, a-t-il dit, déclenchant un rire de François Hollande. “Ca vous fait rire?”, lui a lancé le chef de l’Etat.

Avant que le candidat socialiste rétorque : “Oui, parce que là vous ajoutez maintenant la calomnie au mensonge. Vous n’êtes pas capable de tenir un raisonnement sans être désagréable avec votre interlocuteur. Et après, vous dites que vous êtes un président rassembleur?”, s’est étonné le député de Corrèze.

“Vous n’acceptez pas l’invective” et “vous, vous pensez que vous pouvez tout me dire? Calomnie, mensonge, c’est sans doute dans votre vocabulaire des compliments que je prends comme tel”, a-t-il ajouté.

M. Sarkozy a alors déclaré qu’il n’irait “pas dire ce qu’a dit de vous M. Fabius” (“Franchement, vous imaginez Hollande président de la République ? On rêve!”, avait dit l’ex-Premier ministre PS l’an passé, ndlr).

M. Hollande a rétorqué: “Vous avez toujours un socialiste qui vous sert de référence, ça c’est votre méthode, vous avez déjà cité Martine Aubry, maintenant Manuel Valls, Laurent Fabius: est-ce que vous voulez aussi que je vous serve tous les responsables de droite qui ont dit du bien de vous, il y a un certain nombre!”

INVECTIVES et FORMULES CHOC

. Nicolas Sarkozy:

“Vous mentez”

“Vos chiffres sont faux”

“M. Hollande, ce n’est pas le concours de la petite blague”

“Dans votre volonté de démontrer l’indémontrable, vous mentez”

“Vous voulez moins de riches, moi je veux moins de pauvres”

“Vous inventez le fil à couper le beurre”

“M. Hollande ne connaît pas l’Europe”

“Vous avez vendu les ouvriers de Fessenheim sur l’autel d’un accord méprisable”

“Vous venez de faire un beau discours, vous en avez presque la larme à l’oeil”

“Votre normalité, elle n’est pas à la hauteur des enjeux”

“Vous êtes un petit calomniateur”

“Je ne prendrai pas de leçon politique derrière un parti qui a voulu se rassembler derrière Dominique Strauss-Kahn”

. François Hollande :

“Avec vous c’est très simple, ce n’est jamais de votre faute , vous avez toujours un bouc-émissaire”

“Vous êtes toujours content de vous”

“C’est pas vous qui posez les questions, donnez les notes dans cet exercice”

“Vous ajoutez maintenant la calomnie au mensonge”

“Moi je protège les enfants de la République, vous vous protégez les plus privilégiés”

“Ne confondez pas votre personne avec la France”

“Vous avez distribué des chèques du Trésor Public aux contribuables les plus fortunés, je veux que les contribuables les plus fortunés fassent des chèques au Trésor Public”

“Vous avez dit que vous êtes allé à Fukushima, vous n’y êtes jamais allé”

En résumé, Hollande a rassuré son camp mais aussi certainement séduit des électeurs du centre, des indécis et quelques uns du FN et même de l’UMP (déçu du sarkozysme), Nicolas Sarkozy a certainement convaincu des électeurs d’extrême droite. Hollande renforce son statut de favori, mais attention à la (dé)mobilisation !!

Le vrai vainqueur sera connu le 6 mai…

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Chroniques PRESIDENTIELLES 2012

Retrouvez ici mon billet et une sélection d’articles , dans le cadre de l’élection présidentielle, cette semaine, à partir du lundi 09 avril, ainsi que ma chronique sur RCI ; dans le journal de 6h00 (de mardi à vendredi) avec Christophe LANGLOIS.

Revivez les grands moments télé des campagnes présidentielles ICI

Un bon article sur LA RECOMPOSITION DE LA DROITE FRANCAISE DANS LE CADRE DE LA PRESIDENTIELLE 2012

LA QUESTION DU DROIT DE VOTE DES ETRANGERS : une analyse de Laurent BOUVET

LA QUETE DES VOIX CENTRISTES : les réponses des candidats à François BAYROU

LES RESULTATS DE LA PRESIDENTIELLE DEPUIS 1965 : document infographique

ET SI SARKOZY…

un article d’Aimée Joubert (le Causeur. fr)

Il faut savoir terminer une campagne électorale. Evidemment, après le débat suivi par 20 millions de téléspectateurs ce soir (rendez-vous compte) les supporters de François Hollande espèrent plier le match. Les sarkozystes -il en reste, voyez le 1er mai au Trocadéro- souhaitent renverser la table, la vapeur et les électeurs hésitants, effrayés par une France livrée aux socialo-communistes.

On sent quand même à gauche une petite inquiétude monter : et si Sarkozy, tout à l’outrance et aux phrases ciselées par Henri Guaino remontait la pente ? Et s’il séduisait vraiment les électeurs de Marine Le Pen et était réélu ? On peut mettre cette fébrilité sur le compte d’une fatigue légitime. Pour certains, la campagne aura duré un an. Hollande s’est déclaré à la primaire socialiste au printemps dernier, depuis ils et lui n’ont pas arrêté. Il a fallu battre les autres prétendants, dont son ex-compagne, ex-candidate à la présidentielle. Gérer l’explosion en vol de DSK. Puis se bagarrer à distance avec Sarkozy et des candidats comme Mélenchon ou Marine le Pen. Jusqu’au 6 mai, jour du triomphe annoncé.

Franchement, une telle durée en dehors de la vie réelle, doit mettre à l’épreuve jusqu’aux organismes mythridatisés par 20 ans de vie militante. D’autant que la vie réelle, ils ne savent pas trop ce que c’est. Mais le stress de voir s’échapper un pouvoir, un changement pardon, qui paraissait tout cuit grimpe à mesure que les jours qui séparent de la délivrance diminuent.

Le stress des militants n’est pas grand chose. Le stress des votants de gauche ordinaire est d’une autre nature. Combien de sms avons-nous reçu hier soir après la prestation de Sarkozy au Trocadéro, expliquant que Hollande est à l’arrêt, que le président sortant avance comme un bulldozer, que le climat n’est pas bon, qu’en définitive il peut gagner.

Aussi peu de confiance alors que les sondages ne bougent pas montre un autre symptôme de l’électeur hollandais, particulièrement s’il a voté conforme dès le premier tour : il a peur, mais n’espère rien. Et comme il n’espère pas grand-chose, il a vraiment peur. Ça pourrait paraître paradoxal, c’est juste une des marques de fabrique de la campagne Hollande et sans doute de la présidence à venir. Comme on dit en Suisse, on ne pourra être déçus qu’en bien.

Combien autour de vous, si vous fréquentez des socialistes, vous disent, « nan mais il ne fera rien, mais il le fera bien » ? La crise sera là, mais il n’a pas de marge de manœuvre. Les postes de profs ? Personne n’y croit à part quelques syndicalistes barbus et apparatchiks de la FCPE. Les impôts plus justes ? Même pas en rêve. Les emplois jeunes ? Surtout pas. Alors pourquoi Hollande, parce que sans doute il sera plus honnête, n’essaiera pas de caser son fils à l’Epad et évitera d’épouser un top model à l’Elysée.

Le rêve quoi. Tous anticipent une rouste aux élections intermédiaires et locales en 2014, et se disent que Jean-Marc Ayrault comme Premier ministre, c’est pas sexy-sexy. Mais ils ont plus peur d’un nouveau quinquennat sarkozyste que d’une non aventure hollandiste. Aujourd’hui, ils comptent tous les jours et vont regarder la télé ce soir en se rongeant les ongles de peur de la connerie de trop. Avec la peur que l’homme normal ne fasse pas le poids face au président sortant que rien n’effraie, il faut bien le dire.

Un jour des politologues sérieux et des historiens se pencheront sur cette campagne électorale, et arriveront à nous expliquer pourquoi il y a eu autant de gens devant leur télé pendant 6 mois, pour des débats souvent ineptes et autant de gens pour voter, sans pour autant croire que les choses peuvent aller mieux. Bienvenue dans la postmodernité politique.

Lundi 23 avril : Bilan de la campagne du premier tour :

L’heure du bilan a sonné. À la veille du premier tour de l’élection présidentielle, un mot retient l’attention des électeurs : la “crise”. Sur fond de crise financière, la campagne présidentielle semble, pour une majorité de citoyens, avoir été dominée par une crise des idées. Marquée par la morosité ambiante et un manque d’enthousiasme général, celle-ci a tout de même charrié son lot de moments forts. Entre propositions phares, grands thèmes débattus et petites phrases en tous genres, retour sur les temps forts de la campagne présidentielle de 2012.

1- Les grands thèmes

Si l’insécurité et l’écologie ont fait les beaux jours de la campagne de 2007, les thématiques abordées lors de celle qui s’achève ont été bien différentes. La fiscalité et la fameuse proposition de François Hollande de taxer à 75 % les revenus annuels supérieurs à un million d’euros a fait couler beaucoup d’encre et réagir certains artistes restés discrets jusque là.

À gauche, il semble que ce soit la dette souveraine, le pouvoir d’achat et la revalorisation du salaire minimum qui aient davantage alimenté les meetings. L’UMP et le Front national (FN) ont préféré virer à droite toute en plaçant les thèmes de l’immigration et de l’islam radical en tête de proue de leurs programmes que l’actualité, à travers l’affaire Merah, a largement contribué à amplifier. Le “Made in France” de François Bayrou, le candidat du Modem, les délocalisations et l’exemple du modèle économique allemand ont également tenu le haut du pavé. L’emploi, et notamment la proposition du candidat socialiste de créer 60 000 postes dans l’éducation, a enfin marqué les esprits.

2- Les moments forts

Émaillée de quolibets et de petites phrases assassines, la campagne de 2012 a toutefois connu de grands moments démocratiques. Elle a d’abord été marquée par le succès des primaires socialistes, en octobre dernier. Entre “gauche molle” et “gauche dure”, les “impétrants” se sont livrés un combat sans merci avant d’afficher une union “retrouvée” au lendemain des résultats du scrutin. Le 22 janvier, François Hollande a ensuite dévoilé son programme au cours d’un meeting au Bourget.

À cinq semaines du premier tour, Jean-Luc Mélenchon a lui aussi cédé aux grands rassemblements, mais en plein air, en reprenant “la Bastille”. Le candidat du Front de gauche réunit quelque 100 000 curieux et sympathisants à Paris. Multipliant les symboles et les références aux figures historiques de la gauche, il grimpe progressivement dans les sondages et fait rougir de plaisir ses militants.

En difficulté dans les enquêtes d’opinion, Nicolas Sarkozy s’offre quant à lui un bain de foule à Villepinte, le 11 mars, et reprend du poil de la bête. L’actualité rassemble ensuite les candidats lors de l’hommage rendu aux victimes des tueries de Toulouse et de Montauban. Mais la tentation de la récupération politique est grande. François Bayrou et Marine Le Pen, qui a finalement obtenu ses 500 parrainages, s’engouffrent dans la brèche. L’affaire n’a toutefois qu’un impact limité dans les sondages.

3- Les grandes idées et les petites phrases

Si les candidats ont tenté, bon gré mal gré, d’exposer les grandes lignes de leur programme, les petites phrases se sont, elles aussi, immiscées dans la campagne. Beaux et bas esprits se sont affrontés, pour le meilleur et pour le pire. Le pire a peut-être été le fameux “Je l’emmerde” d’Eva Joly, la candidate d’Europe-Écologie Les Verts, apporté en guise de réponse à Corinne Lepage, qui l’accusait de desservir la cause écologique.

Dans la catégorie insultes et coups bas, François Hollande a détourné son slogan – “Le changement c’est maintenant” – au profit d’un “Maintenant, on va le taper” adressé à son principal adversaire, Nicolas Sarkozy, sans jamais le nommer.

Plus ou moins spirituel, Jean-Luc Mélenchon a, lui, multiplié les bons mots et les provocations. Son désormais célèbre “Capitaine de pédalo”, fustigeant le manque d’envergure de François Hollande, a été largement relayé par les médias. La campagne du candidat du Front de gauche a également été régulièrement ponctuée de joutes verbales avec Marine Le Pen, la candidate du FN, sa grande rivale pour la troisième place. “Je vous fais peur comme la lumière fait peur aux vampires”, a-t-il lancé à l’adresse de la candidate frontiste. Certaines de ses formules resteront sans doute aussi dans les annales, comme “Jean-Marie Le Pen veut m’enlever mon caleçon ? Trop tard : je suis déjà un sans-culotte !”, ou encore : “Moi je ne laverai pas de vache, je suis venu pour parler politique”, à l’occasion du Salon de l’agriculture.

Comme chaque fois, la campagne a, en outre, permis aux citoyens de découvrir de nouveaux mots ou expressions. Après la “bravitude” de Ségolène Royal en 2007, Nicolas Sarkozy a fait naître le concept de “méprisance” dans un meeting à Nantes. De nouveaux dictons ont, eux, vu le jour, notamment celui de Nathalie Kosciusko-Morizet : “Gauche au volant, Grèce au tournant”.

De manière moins triviale enfin, la campagne 2012 aura été l’occasion pour le président sortant de se livrer à un mea culpa sur les débuts ratés de son quinquennat. “Le Fouquet’s, si c’était à refaire, je ne serais pas allé dans ce restaurant”, annonce ainsi Nicolas Sarkozy au journal télévisé de France 2, le 22 février. Aura-t-il la possibilité de se racheter ? Les électeurs en décideront partiellement dimanche.

Lundi 16 avril 2012 : LE VOTE ETUDIANT

Une étude d’EducPros. fr

Présidentielle : une fracture grandes écoles-universités dans les votes des étudiants

Nicolas Sarkozy président des étudiants en écoles d’ingénieurs, de commerce, dans les classes prépas et chez les futurs médecins ; Hollande adoubé dans les facs de droit, gestion, sciences, lettres et dans les classes de BTS. C’est ce que révèle un sondage exclusif Ifop/L’Etudiant sur les votes des étudiants à la présidentielle. D’une filière à l’autre, les intentions de votes des étudiants sont très disparates, comme le révèle ce sondage exclusif Ifop/L’Etudiant (1). Le détail montre que la droite gagnerait l’élection dans les écoles d’ingénieurs, de commerce, les classes prépas et les facs de médecine. La gauche l’emporterait dans toutes les autres disciplines universitaires et les BTS. Toutefois, parmi l’ensemble des étudiants, François Hollande serait au premier tour le candidat rassemblant le plus de suffrages, avec 30% des intentions de vote ; Nicolas Sarkozy se placerait juste derrière, à 28% (voir tableau). La gauche de la gauche ne fait pas un raz de marée dans les amphis. Jean-Luc Mélenchon obtient 15% des intentions de vote, Philippe Poutou est inexistant, et Nathalie Arthaud plafonne à 1%. « Les étudiants sont loin d’être un bastion pour l’extrême gauche », remarque François Kraus, directeur d’études à l’Ifop. « L’image de l’étudiant se résume souvent à celle du jeune en fac de lettres. Or, la droite réalise un score important dans les grandes écoles et les filières sélectives. Il existe un vrai clivage à ce niveau.» François Bayrou, lui, se situe autour de 11%. Hollande président au second tour Ainsi, les candidats de centre-droit et de droite obtiendraient 51% des intentions de vote des étudiants au premier tour – contre 56,5% chez l’ensemble des Français. Dans le cas d’un second tour Hollande/Sarkozy, le candidat socialiste l’emporterait à 56% - un chiffre proche des sondages menés au niveau national. « Finalement, les étudiants votent globalement comme les Français. Il n’y a pas de spécificité dans leur vote, comme on peut l’observer chez certaines catégories de population », constate Anne Muxel, sociologue au Cevipof/Sciences Po Des étudiants moins à l’extrême droite que l’ensemble des jeunes Une particularité reste tout de même à signaler : Marine Le Pen a du mal à recruter sur les campus. Mais pour Anne Muxel, ce retrait doit être nuancé : « Avec 11% des intentions de vote, c’est moins que parmi l’ensemble de la population, mais c’est plus que son score auprès des étudiants en 2002 et 2007. Même chez eux, elle bénéficie d’une dynamique de dédiabolisation ». “Le diplôme est un facteur très discriminant dans le vote FN” Anne Muxel Surtout, ce score contraste avec les 26% d’intentions de vote que la candidate frontiste obtiendrait chez les jeunes (CSA/Le Monde du 9 avril). Un vrai clivage existe donc entre le vote des 18-24 ans (6 millions), et, en son sein, les étudiants (2 millions). « Le diplôme est un facteur très discriminant dans le vote FN, qui recueille l’essentiel de ses voix chez des personnes peu qualifiées et confrontées à des débuts difficiles dans la vie active », décrypte Anne Muxel. Des électeurs indécis, et très abstentionnistesPar ailleurs, les étudiants se caractérisent par un rapport distancié à la politique. S’ils sont 71% à se dire intéressés par la campagne, ils sont aussi très abstentionnistes: 39 % pensent ne pas voter – contre 32% parmi l’ensemble des électeurs. De même, ils sont très indécis : 51 % des sondés pensent pouvoir changer d’avis, contre 32 % des Français. « Là encore, cela rejoint une tendance qu’on constate chez l’ensemble des électeurs.  Rappelez-vous qu’en 2007, 22% s’étaient décidés le jour du premier tour ! », lance Anne Muxel.

NOMS DES CANDIDATS AU PREMIER TOUR DES ÉLECTIONS PRÉSIDENTIELLES (22 AVRIL 2012) Ensemble des étudiants

(23 mars – 30 mars 2012)
(%)
Ensemble des Français (29 mars – 2 avril 2012) (%)
Nathalie Arthaud 1 0,5
Philippe Poutou 0,5
Jean-Luc Mélenchon 15 12,5
François Hollande 30  27,5
Eva Joly 3 2,5
François Bayrou 11 11
Nicolas Sarkozy 28 29
Nicolas Dupont-Aignan 1 1
Marine Le Pen 11 15,5
Jacques Cheminade
 TOTAL 100 100

Le vote étudiant filière par filière

- Les étudiants ingénieurs : les plus sarkozystes 70% des élèves ingénieurs voteraient pour Nicolas Sarkozy dès 1er tour Quand on s’intéresse au vote filière par filière, c’est parmi les élèves ingénieurs que Nicolas Sarkozy obtient, de loin, son meilleur score. 70% voteraient pour lui dès 1er tour ! Au second tour, ce chiffre atteindrait 75% dans le cas d’un match avec François Hollande. Marine Le Pen, elle, plafonne à 4%. Pour choisir leur candidat, les ingénieurs s’intéressent tout particulièrement aux réponses apportées pour stimuler la croissance. 60% citent ce sujet comme un des trois enjeux majeurs de la campagne, alors que ce n’est le cas que de 24% de l’ensemble des étudiants. En revanche, les élèves ingénieurs sont peu intéressés par les débats sur la précarité ou l’éducation. Ces étudiants ont une autre caractéristique : ce sont eux qui votent le plus comme leurs pères : 79% vont glisser le même bulletin dans l’urne que leur ascendant, alors que ce chiffre est de 55% pour l’ensemble des étudiants.  Les étudiants en droit/gestion à la fac : les plus polarisés En fac de droit ou de gestion, les étudiants sont soit à droite, soit très à gauche. Dans cette filière, Jean-Luc Mélenchon obtient son meilleur score, avec 25% des intentions de  vote, tandis que Nicolas Sarkozy décroche lui aussi un score plus élevé que la moyenne (32% des intentions de vote). Toutefois, le report des votes profite à François Hollande. En retrait au premier tour avec 18% des voix, il l’emporterait à 57 % contre Nicolas Sarkozy au second tour. Par ailleurs, ces étudiants sont aussi les plus critiques sur l’enseignement en France. 67% pensent que le système éducatif « n’est pas efficace », contre 58 % pour le reste des étudiants. - Les étudiants en SHS à la fac : à gauche toute ! Les étudiants en lettres, art et sciences humaines à l’université sont fidèles à leur réputation : ils votent massivement pour la gauche. Au second tour, François Hollande raflerait 79% des voix parmi les étudiants en SHS Au premier tour, Jean-Luc Mélenchon est crédité à 20%, François Hollande à 42%. Dans le cas d’un second tour Hollande/Sarkozy, l’élu socialiste raflerait 79% des voix. Pour ces jeunes, l’enjeu majeur de la campagne est le chômage, thème cité en premier par 42% de ces sondés issus de ces filières. Ces jeunes sont aussi plus sensibles aux débats sur la précarité et sur l’éducation. - Les étudiants en médecine ou pharmacie : tradition « centre-droite » Globalement à droite, les étudiants en médecine et pharmacie sont particulièrement séduits par François Bayrou : 33% pensent voter pour lui, un record. Dans le cas d’un second tour Hollande/Sarkozy, le président sortant l’emporterait haut la main, à 81%. Les étudiants en médecine et pharmacie sont particulièrement séduits par François Bayrou Dans ces filières, la gauche n’a pas la cote : François Hollande et Jean-Luc Mélenchon attireraient 13% et 7% des voix au premier tour. Autre trait distinctif : les étudiants médecins sont très influencés par leur contexte familial. Plus souvent issus de catégories sociales favorisées, ils votent à 95% comme leur mère, et à 75% comme leur père. - Les étudiants en sciences à la fac : à gauche sans enthousiasme C’est chez les étudiants en sciences à l’université que François Hollande obtient son meilleur score chez les étudiants. 48% des sondés iront voter pour lui au 1er tour. Pour autant, ce candidat ne semble pas créer une forte adhésion. Ces étudiants sont ceux qui se disent le moins intéressé par la campagne. Ce sont aussi ceux qui sont les moins satisfaits de la façon dont les candidats répondent aux préoccupations des étudiants. Moins politisés que les autres étudiants, c’est dans ces filières qu’on trouve le taux le plus élevé d’étudiants qui ne votent pas comme leurs parents. - Les étudiants en BTS : Mélenchon cartonne Les jeunes de BTS sont particulièrement attirés par le discours de Jean-Luc Mélenchon Au premier tour, les jeunes en BTS sont particulièrement attirés par le discours de Jean-Luc Mélenchon, qui obtient 21 % des intentions de vote. Au total, la balance penche à gauche : François Hollande gagnerait un second tour contre Nicolas Sarkozy à 57 %. - Les étudiants en CPGE : les moins attirés par les extrèmes Les étudiants des CPGE sont les moins attirés par les extrêmes du spectre politique. Jean-Luc Mélenchon n’obtient que 1% des intentions de vote, et Marine Le Pen 2%. François Hollande, Nicolas Sarkozy et François Bayrou emportent à eux trois 88% de leurs intentions de votes.Dans un second tour UMP/PS, la balance penche clairement à droite : Nicolas Sarkozy l’emporterait à 61%. Un résultat cohérent avec les intentions de votes observées dans les écoles de commerce et d’ingénieurs, débouchés immédiats de ces jeunes. Très intéressés par la campagne, ces étudiants se disent très sensibles aux enjeux qui concernent le pouvoir d’achat, et l’éducation. - Les étudiants en école de commerce : la balance penche à droite Nicolas Sarkozy obtiendrait les faveurs de 54% des étudiants des écoles de commerce en cas de second tour contre François Hollande. Pourtant, au premier tour, le président ne recueille que 27% des intentions de vote – moins que la moyenne des étudiants. 20% des étudiants en écoles de commerce pensent voter pour Marine Le Pen au 1er tour Il faut dire que les élèves des écoles de commerce font partie de ceux qui sont les plus séduits par le discours de Marine Le Pen : 20% pensent voter pour elle au 1er tour. D’ailleurs, parmi leurs grands sujets de préoccupation, l’insécurité arrive en tête. - Les étudiants en écoles paramédicales et sociales : les plus extrémistes C’est au sein des écoles paramédicales ou sociales que Marine Le Pen obtiendrait le plus de suffrages, avec  24% des voix. A l’opposé, Nathalie Arthaud récolterait 3% des intentions de vote – son plus haut score chez les étudiants. Ecartelés entre l’extrême gauche et l’extrême droite, ces étudiants se répartissent quasi équitablement entre François Hollande et Nicolas Sarkozy lors d’un second tour. Pouvoir d’achat, chômage et crise financière sont les thèmes qui intéressent le plus ces jeunes, souvent issus de familles défavorisées. mercredi 11 avril 2012 L’ABSTENTION1 électeur sur 5 se décide au dernier moment Le sondage est un élément de choix stratégique, c’est indéniable, surtout au premier tour. 2 effets : on va vers le gagnant, ou on va vers le perdant. Cela pourrait être le cas a gauche par exemple pour le candidat EVA JOLY. L’abstention au premier tour est globalement et en moyenne de 19% pour le premier tour depuis 1965, CELA FAIT 9 Millions D’ELECTEURS et c’est beaucoup.

  • L’abstentionnisme peut revêtir des interprétations contradictoires. Elle peut être le reflet d’une passivité ou d’une négligence des citoyens, peu intéressés par la vie publique ou en raison d’une insertion sociale limitée (jeunes électeurs sans diplômes, femmes au foyer, populations défavorisées, par exemple). L’abstention peut au contraire revêtir un caractère actif et militant lorsque c’est un acte politique conscient et motivé. Il exprime alors un refus de choisir, une hostilité envers les hommes politiques en compétition lors de l’élection ou envers les règles de fonctionnement du régime.

Dans les deux cas, l’abstention traduit une crise de la représentation et peut aboutir à un affaiblissement de la légitimité du pouvoir politique élu avec un fort taux d’abstention, et qui ne représenterait alors qu’une partie de la population.

Crise de la représentation et remise en cause de la démocratie ?

  • La dimension contestataire que revêt l’abstentionnisme ne concerne pas uniquement la représentation politique, mais également les représentations syndicales et professionnelles. On peut donc parler de crise de la représentation.
  • On peut se demander si on n’assiste pas à une mutation de la participation politique qui pourrait déboucher sur de nouvelles pratiques de la citoyenneté. En effet, l’abstentionnisme lors de certains scrutins ne coïncide pas avec un déclin de l’expression des mécontentements des citoyens (grèves, manifestations…).

Par ailleurs, le développement des forums de discussion sur internet ou des mobilisations transnationales anti-mondialisation, organisées également via le net, semblent confirmer cette hypothèse et démentir celle d’une remise en cause de la démocratie, dont l’abstentionnisme serait un indicateur. Ainsi, la revendication par une partie de l’électorat de la comptabilisation des votes blancs dans les résultats des élections indique aussi cette volonté de faire changer les règles du jeu.

  • Dans ce sens, l’obligation de vote n’apparaît pas comme une solution. L’obligation de vote existe déjà en France, les électeurs sénatoriaux (députés, conseillers régionaux, généraux, maires et délégués des communes) étant tenus de participer aux opérations électorales. Faute de quoi ils sont condamnés à une amende de 100 euros, en application de l’article L 318 du Code électoral.

QUI SONT LES ABSTENTIONNISTES ? Un sondage de l’IFOP du 19 mars, avait estimé que 29% des français ne souhaitaient pas se rendre dans les bureaux de vote le 22 avril prochain pour le premier tour.  se confirme avec le nouveau sondage IFOP parue, dimanche dans le JDD. 32% des personnes interrogées ne voient pas d’intérêt à voter, un chiffre au-dessus du précédent record de 2002 (28,4%). Qui sont les abstentionnistes ? Les jeunes, et les catégories socio-professionelles populaires “Plus on est jeune, plus on est abstentionniste”, Selon l’IFOP, les moins de 25 ans et les 25-34 ans sont ceux qui boudent le plus le vote, avec plus de 40% de non participation. La participation des jeunes est aussi très dépendante du dynamisme de la campagne. Il faut préciser que le candidat qui réunit le plus de jeunes c’est Marine LE PEN. Je pense que les jeunes souffrent aussi d’une généralisation regrettable de l’absence de l’instruction civique et d’action de socialisation politique dans les établissements scolaires dès le primaire et quand on ne connaît ni les règles ni le but du jeu, et bien on ne joue pas. Le statut social joue pour beaucoup également Plus le statut social est élevé, plus la participation aux élections est importante. Ainsi, selon l’IFOP 77% des sondés issus de professions libérales ou cadres iront voter. Ces 23% d’abstention sont à opposer aux 54% des ouvriers, aux 35% des employés ou encore aux 37% chez les inactifs (non retraités).  “les quartiers les plus abstentionnistes sont les plus populaires, avec de grands ensembles de logements sociaux où la gauche est souvent majoritaire mais peine à concrétiser en vote son image positive.” Les électeurs sympathisants des partis “de gouvernement” sont ceux qui vont le moins s’abstenir. A l’inverse, l’abstention menace le FN avec 34% et les écologistes avec 52%, à cause de la campagne difficile d’Eva Joly. Mais aussi la gauche socialiste. En cause, le PS attire davantage les électeurs jeunes, plus abstentionnistes par nature, que la droite. D’où les efforts plus soutenus du PS pour éviter la désertion avec le choix du thème de la jeunesse et le  lancement d’opérations de porte-à-porte, ainsi qu’un site pour faciliter les procurations. Par contre , Avec un contexte très favorable pour son candidat, 72% des sympathisants du Front de gauche veulent, eux, aller voter (28% d’abstention). La candidature MELANCHON semble introduire une dynamique anti abstention pour l’ensemble de la gauche, mais attention au second tour si cette dynamique n’est pas d’une façon ou d’une autre préservée… QUEL EST L’IMPACT DE L’ABSTENTION ? Plus l’abstention est faible, plus le candidat est légitime et inversement Avec le quinquennat et les législatives qui suivent la présidentielle, une faible abstention génère une dynamique positive et favorable au président et à une stabilité parlementaire. Une forte abstention est souvent synonyme à l’inverse de troisième tour social, d’alliances contraignantes pour la formation du gouvernement et de difficultés dans l’action législative. Quelles en sont les causes? Premièrement : Les cause de l’abstention : classiques et propres à cette élection CLASSIQUES : Les contextes de crise et de chômage sont favorables à l’abstention depuis toujours. De même que la participation d’un président sortant joue beaucoup sur le manque de motivation. Il faut ajouter que l’abstention est un phénomène structurel de la vie politique car désormais la technicité du travail politique et la “ringardisation” de l’action politique ont , hélas, érigé l’indifférence civique en valeur actuelle et positive… Ensuite CIRCONSTANCIELLES : En 2007 : aucun des deux candidats n’avait exercé le mandat présidentiel, donc il y’a eu plus de participation. Pour 2012 : Phénomène de lassitude : la campagne a commencé avec les primaires citoyennes, donc beaucoup de choses ont été dites et redites. L’opinion est lasse mais aussi déçue : 60 % des électeurs pro Hollande ne voteront pas pour lui mais pour rejeter le candidat Sarkozy. Par ailleurs la campagne ne repose que sur les candidats exclusivement et leurs postures plus que l’équipe et le programme, sur les valeurs des candidats plus que sur les idées et les orientations. Et pour cause, la crise impose une gestion de la France après l’élection marquée par l’austérité et la rigueur, Les agences de notation vont réécrire le programme du vainqueur, donc pas de rivages dorés à l’horizon, rien de transcendant. Les électeurs ont beaucoup de mal à décrypter les méandres des programmes fiscaux et des orientations budgétaires, sans parler de la technocratie européenne, et donc se rabattent sur les attitudes, les postures, les conduites pour faire leur choix (cela entraîne beaucoup de volatilité des électeurs indécis). Enfin les vraies questions ne sont pas abordées : la politique internationale, la défense,  le mieux vivre ensemble. Deuxièmement il y’a deux phénomènes d’abstention : celui du premier tour et celui du deuxième tour – Au premier tour, les déçus, les fatigués, les frustrés et les contestataires de la vie politique n’iront pas voter, de même que ceux qui ne vont voter qu’au second tour, il y’en a …et enfin ceux qui sont en vacances de pâques et n’ont pas rempli de procuration. Ils sont plusieurs millions dans ce cas !! Toutefois, le calendrier des vacances n’a pas changé depuis 2007, or la participation avait été lors de cette présidentielle de 84% !! – Au second tour, il faut y ajouter ceux dont le candidat n’a pas eu son ticket pour le second tour et qui ne se reconnaissent a priori dans aucune offre politique du second tour, sauf stratégie de ralliement bien entendu. Cela concerne a peu près 1/3 des électeurs du premier tour. D.D. Mardi 10  VERS LA DISPARITION DU CENTRE ? UDF, puis MODEM, et encore NOUVEAU CENTRE: que reste t’il à l’aube du premier tour de la percée du centre avec la candidature de BAYROU en 2007, avec des sondages qui baissent constamment pour le candidat centriste ? C’est le paradoxe de cette fin de campagne. Plus François Bayrou recule dans les sondages, plus il devient un personnage politique important. Dans trois enquêtes d’opinion ( Sofrès, Ipsos, Ifop) le président du MoDem est relégué à  la cinquième place derrière Nicolas Sarkozy, François Hollande, Marine le Pen et Jean- Luc Mélenchon. Il est crédité de 10 à 13 % des intentions de vote. C’est peu par rapport au capital de sympathie dont il bénéficie (70 % dans le dernier baromètre Ifop) ; faible comparé à son score de 2007 ( 18,57 % des suffrages) ; décevant au regard de ses ambitions initiales. Il y a un mois et demi à peine, François Bayrou se voyait affronter François Hollande au second tour de l’élection présidentielle. Il misait sur un écroulement du président sortant , en partant du constat que l’anti sarkozysme était virulent dans le pays. Mais Nicolas Sarkozy ne s’est pas écroulé. Il a au contraire regagné des points en jouant tour à tour le candidat anti-système et le président sécuritaire. Il s’est imposé comme le principal challenger du candidat socialiste et a marginalisé François Bayrou comme il avait réussi, avant, à neutraliser Hervé Morin et Jean-Louis Borloo Contrairement à ses espoirs, le président du MoDem n’est pas devenu la force centrale qui rebat toutes les cartes. Le centre reste en revanche la force d’appoint incontournable pour le second tour si bien que plus l’échéance présidentielle approche, plus François Bayrou gagne en importance. Il se campe désormais en stabilisateur des extrêmes dans une campagne marquée à gauche par la montée de Jean Luc Mélenchon, à droite par la virulente offensive de Marine Le Pen. Il s’amuse des calculs de la droite et de la folle rumeur qui monte du côté de l’UMP : et s’il devenait le premier ministre d’un Nicolas Sarkozy qui promet, s’il est réélu,  un mode de gouvernance tout à fait différent de celui du premier quinquennat. “Je  serai un président qui aura plus de recul par rapport à l’actualité et qui se préoccupera avant tout des grandes réformes qu’il y a à mener” promet Nicolas Sarkozy dans Paris Match. François Bayrou fait le sphinx . Il ne dira rien avant l’entre deux tours. Il n’ignore pas qu’à gauche aussi des proches de François Hollande aimeraient le voir associé à une large coalition qui permettrait de contrebalancer le poids de Jean-Luc Mélenchon . Source: fressoz.leblog.lemonde.fr Mardi 10 : LA VRAIE FAUSSE SURPRISE MELANCHON      Quelle candidature ? Jean Luc Mélanchon est le candidat de la colère comme Marine Le Pen est la candidate de la peur. Colère contre le système et pas seulement capitaliste, colère contre le conformisme ambiant notamment des socialistes et d’une certaine gauche, colère aussi contre la peur de l’autre et la France d’extrême droite, contre les. La candidature de Mélanchon est une candidature de crise de même que cette campagne est une campagne de crise. Quel électorat ? Mélanchon attire à lui des électeurs qui sont aussi bien des bobos socialistes nostalgiques de 1981 que d’indignés (ex partisans de Montebourg) en guerre contre le système bancaire et ses abus, source de crises et d’injustices, que de membres des classes moyennes principales victimes de la baisse du pouvoir d’achat et de la crise et les héritiers du parti communiste en quête de renaissance voire de révolution mais aussi de réhabilitation. Jean-Luc Mélenchon arrive à la fois à séduire les classes populaires comme les plus aisés. Autant les cadres que les employés et ouvriers. Selon l’Institut BVA par exemple, près de 18% des citoyens aux revenus allant de 2.500 à 3.500 euros voteraient pour lui. Chez les revenus inférieurs à 1.500 euros, il récolterait 17% des voix. Quelle campagne ? La campagne de Mélanchon est une campagne citoyenne qui a peut être le mieux capitalisé des atouts indispensables : Etre en phase avec son temps, bien communiquer, réaliser des coups médiatiques, avoir un adversaire bien identifié, et un camp bien déterminé et surtout mobilisé. Jean-Luc MELANCHON a surtout réalisé l’exploit de rendre à nouveau crédible et honorable aux yeux des citoyens électeurs les idées de l’extrême gauche… Ses points forts : -       De vraies convictions et une image de frondeur défendant tour à tour Le peuple de gauche, la république, l’utopie et le terroir -       Un réel Talent d’orateur et donc de communiquant -       Une image plus forte et plus antagoniste de rival de Sarkozy que Hollande qui est dans une logique de rassemblement plus que de combat de coqs, contrairement à Melanchon. -       Une opposition ouverte et frontale au Sarkozysme mais aussi et surtout  au Front national, ce qui depuis Bernard Tapie était devenu rare -       Une certaine pédagogie en meeting qui génère un effet « parler VRAI » unequi séduit et surtout entraine -       Le sentiment que voter Mélanchon c’est agir directement sur le système –      Une vraie capacité (au regard des sondages) à attirer sur son nom les intentions de vote de ceux qui ne voulaient pas voter: les abstentionnistes… Ses points faibles : -       Un électorat non encore stabilisé, donc potentiellement volatile : la sûreté du choix des électeurs de Mélenchon est encore relativement faible : 57%, selon BVA, contre 90% pour Hollande, 89% pour Sarkozy et 81% pour Le Pen. Seul l’électorat Bayrou (45%) semble plus fragile que le sien. -       L’absence de lieutenants connus et d’une équipe visible même si cette équipe est très active dans l’ombre du candidat. -       Une poussée dans les sondages qui seraient d’après les experts fictive car résultante de l’addition des chiffres classiques de l’extrême gauche aux présidentielles de 2007. -       Des positions qui marginalisent sa participation au gouvernement en cas de victoire de Hollande et donc qui peut pousser au vote utile pour le candidat socialiste. -       Une campagne peut être trop basée sur l’affectif, l’idéalisme et les sentiments voire les ressentiments, que sur une volonté d’unir et de rassembler sur la base de consensus et compromis ce qui demeure, à tort ou a raison, la règle pour le succès en politique. Mardi 10 : DERNIERS SONDAGES: Le candidat centriste François Bayrou chute sous la barre des 10% d’intentions de vote au premier tour de l’élection présidentielle en France, dans le dernier baromètre Ifop-Fiducial pour Europe 1, Paris Match et Public Sénat publié mardi. Le “troisième homme” de la présidentielle de 2007 (18,57%), qui a perdu 3,5 points en deux mois, pointe en cinquième position avec un score de 9,5%. Le suspense reste entier à 12 jours du premier tour, le 22 avril. Le président sortant Nicolas Sarkozy conserve une légère avance sur le candidat socialiste François Hollande au premier tour (28,5% contre 27%) mais ne parvient pas à creuser l’écart. La présidente du Front national, Marine Le Pen, qui progresse d’un point à 16,5%, complète le podium mais reste sous la menace du candidat du Front de gauche Jean-Luc Mélenchon (14%, +1). Pour le second tour, le 6 mai, le scénario reste celui d’une nette victoire de François Hollande sur Nicolas Sarkozy (53% contre 47%). Cette enquête a été réalisée en ligne du 5 au 7 avril auprès de 1.869 personnes inscrites sur les listes électorales, extraites d’un échantillon de 2.022 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, choisi selon la méthode des quotas. (source yahoo.fr actualités) Lundi 09: L’ELECTION PRESIDENTIELLE SE JOUERA-T-ELLE SUR INTERNET ? Rumeurs, révélations, dérision, mais aussi débats, recrutement de militants… Le Net occupe une place centrale dans la course à la présidentielle. A quel point les sites et blogs politiques peuvent-ils peser sur le scrutin ? Enquête de Patrick Williams: ” Pas une semaine ne passe sans qu’on n’entende parler d’un buzz venu de la Toile, faux scoop ou vraie révélation. Il y a eu les aventures de Ségolène dans Second Life, cet univers virtuel où elle a créé une permanence « Désirs d’avenir ». Il y a eu le lancement en fanfare de NSTV (Nicolas Sarkozy Télévision), où Nicolas répond d’homme à homme aux internautes. Plus récemment, c’est Ségo qui s’est vue accusée – faussement – par des sites pro Sarko de frauder le fisc. Tandis qu’une méchante vidéo circulant sur le web accusait Nicolas d’avoir porté une oreillette pour répondre aux téléspectateurs sur TF 1 ! Bref, ça grouille, ça fourmille, ça clique dans tous les sens. L’UMP posséderait 141 sites militants, le PS, 237, l’UDF, 206. Sites officiels, sites satiriques, blogs politiques (ces carnets de bord où chacun s’exprime), forums de discussion… C’est un gigantesque café du commerce on line ! « Pour la première fois, l’Internet décide de l’agenda de la campagne ! », explique triomphalement Loïc Le Meur, star des blogueurs, passé dans le staff de Nicolas Sarkozy. ” Précisons suite à ces propos que Internet répond aux nouvceaux besoins de “divertissement politique” c’est à dire une tendance forte actuelle à s’informer pour se divertir et se divertir en s’informant. Les candidats deviennent de plus en plus des animateurs et des vedettes. Toutefois, la place de la Télé et de la Radio reste très dominante sur le terrain des médias phares pour l’éclairage des français en matière politique (des millions d’utilisateurs). D.D. Lundi 09 : LE SCRUTIN PRESIDENTIEL 2012 ET LA CRISE EUROPEENNE

Une analyse de Brice TEINTURIER (SOFRES) La crise actuelle rebat en partie les cartes de l’élection présidentielle et renouvèle le clivage ouvert/ fermé qui, depuis au moins le référendum de Maastricht de 1992, n’a cessé de travailler la société Française. Ce clivage, ancien, oppose deux conceptions de la souveraineté, laquelle reste la question centrale du politique. D’un côté, ceux qui, en termes de puissance et d’efficacité, considèrent que des abandons partiels de souveraineté au profit d’une intégration dans un espace plus grand et régulé permettent in fine d’avoir une plus grande maîtrise de son destin. D’un autre côté, ceux qui estiment que ces abandons, ou a minima la façon dont ils ont été négociés, ne permettent ni au peuple d’être souverain – on se souvient de Philippe Seguin tonnant contre une BCE non contrôlée – ni à la France de regagner des marges de manœuvre et d’efficacité plus importantes.   La crise actuelle a réactivé ce clivage mais en le radicalisant et en le polarisant sur deux données : la relation à la mondialisation et l’euro. D’un côté, nous avons aujourd’hui ceux qui considèrent que la mondialisation est la question centrale, qu’elle conduit la France à la faillite, qu’elle est allée de pair avec la désindustrialisation du pays et qu’elle amène au déclin et à l’appauvrissement des plus fragiles et de la Nation. La solution est donc d’en sortir ou à minima, d’en reconsidérer les mécanismes, via par exemple un protectionnisme plus ou moins  fort aux frontières. Les partisans de cette thèse drainent a minima 30% des suffrages, si l’on combine les électeurs de l’extrême gauche, du Front de Gauche, de Debout la République et du Front National. Ils sont en réalité plus nombreux car y compris au sein de l’électorat socialiste, des Verts et d’une partie de l’UMP, on trouve des tenants de ce courant même s’ils votent pour un candidat qui n’est pas exactement sur cette ligne. Ces électeurs sont par ailleurs massivement issus des catégories populaires et traduisent l’immense fracture qui s’est construite au cours des 25 dernières années entre les partis de Gouvernement et ceux qui se considèrent de plus en plus comme les exclus du système et sont les perdants de la mondialisation. Pour eux, le pouvoir a été confisqué par une oligarchie politique et financière, dont les banques et les marchés financiers sont devenus le symbole plus encore que les grandes entreprises – qu’on appelle significativement maintenant non pas des entreprises mais « des groupes mondiaux ». Or, parce qu’ils ont le pouvoir économique et culturel, les gagnants de la mondialisation ont des stratégies qui permettent à leurs enfants de continuer à faire partie des gagnants : fréquentation des écoles adéquates et/ou cours complémentaires, stages linguistiques et/ou master à l’étranger, stratégies d’acquisition d’un logement à proximité des bons lycées ou dans les bons quartiers, tout cela au prix de sacrifices de plus en plus importants mais encore possibles pour une partie de la population. Ils savent et ils peuvent, ou peuvent encore. Les catégories populaires, et de plus en plus une fraction importante de la classe moyenne, ont en revanche le sentiment inverse, celui d’une installation durable dans un schéma de vulnérabilité croissante et de déclassement inéluctable. Certains montent, eux descendent. Pire encore : pour que certains montent, il faut que des gens comme eux descendent. Les responsables ? La mondialisation, les marchés financiers, l’euro et tous ceux qui les soutiennent. La solution ? Une véritable rupture, qui commence tout autant qu’elle se symbolise par la sortie de l’euro. Les 25% à 30% de Français partisans d’un retour au Franc sont très largement ceux que nous décrivons. Près d’un ouvrier sur deux souhaite l’abandon de l’euro – alors que les cadres supérieurs y sont massivement favorables. C’est ce qui explique fondamentalement la cassure entre les milieux populaires et Nicolas Sarkozy. Certes, il y a de nombreuses raisons à cela, qui tiennent au contrat non rempli de 2006/2007 : le Président du pouvoir d’achat qui, par exemple, augmente dès 2007 les indemnités présidentielles (l’effet est ravageur) mais ne parvient pas à assurer sa promesse en matière de pouvoir d’achat (« les caisses sont vides »), et cela, dès avant  la crise de 2008. S’y ajoutent d’autres symboles tout aussi ravageurs, du Fouquet au yacht de Bolloré en passant par l’EPAD. Mais si le sentiment de trahison est en réalité très profond, c’est qu’il renvoie à bien plus que ces symboles : le Nicolas Sarkozy de 2006 / 2007 était en effet un candidat de « rupture » avec les aspects les plus détestés du « système ». Il réduit le Front National à moins de 11% et conquiert une partie des catégories populaires en donnant précisément le sentiment que des marges de manœuvre existent, qu’on peut et doit reconstruire « des usines », une industrie, qu’il est possible de ne pas subir la mondialisation. Il canalise ainsi, avec d’autres (Ségolène Royal, François Bayrou), la contestation du système dans le système. Le Nicolas Sarkozy de 2011 reste naturellement toujours sur la thématique des marges de manoeuvre, de la souveraineté et de l’efficacité. Mais cette fois-ci, il théorise qu’elle n’existe pas sans réduction des déficits publics, qu’une sortie de l’euro serait suicidaire et signifierait la mort de l’Europe et que le triple A de la France est crucial. Il devient dès facto, pour une partie des catégories populaires, partisan du système actuel et, malgré ses efforts, d’un système financier honnis là où Marine Le Pen est au contraire dans l’affirmation de la rupture via la sortie de l’euro. C’est ce qui explique que Nicolas Sarkozy remonte actuellement dans l’électorat du Modem par exemple, très en phase avec le Président sur la question des déficits et de la dette, mais pas du tout chez les catégories populaires, et que le FN se maintienne ou progresse. Sommes-nous pour autant dans un schéma proche de 2002 ? Par bien des aspects, oui, ne serait-ce qu’avec un Front National à un niveau extrêmement élevé (19% dans la dernière enquête Ipsos – Logica Business Consulting) et la coupure radicale entre le pouvoir en place et les milieux populaires. Mais 2002 se caractérise aussi par un record d’abstention. Or, cela ne semble pas être le schéma actuel. Ni 2002, ni 2007, le scrutin de 2012 sera, comme à chaque élection, spécifique et peut réserver bien des surprises.
Brice Teinturier Directeur Général Délégué, brice.teinturier@ipsos.com

PRESIDENTIELLES 2012

QUELQUES SONDAGES DU PREMIER TOUR

 Electorats potentiels pour 2012 d’après l’IFOP au 17 mars :

âge, profession, habitat

19 a) Age et électorats Extrême gauche : 18 à 24 ans : 2% ; 25 à 34 ans : ; 35 à 49 ans : 1% ; 50 à 64 ans : ; 65 ans et plus : Jean-Luc Mélenchon : 18 à 24 ans : 7% ; 25 à 34 ans : 11% ; 35 à 49 ans : 8% ; 50 à 64 ans : 17% ; 65 ans et plus : 9% Hollande : 18 à 24 ans : 31% ; 25 à 34 ans : 25% ; 35 à 49 ans : 28% ; 50 à 64 ans : 25% ; 65 ans et plus : 28% Joly : 18 à 24 ans : 2% ; 25 à 34 ans : 4% ; 35 à 49 ans : 3% ; 50 à 64 ans : 3% ; 65 ans et plus : 1% Bayrou : 18 à 24 ans : 9% ; 25 à 34 ans : 9% ; 35 à 49 ans : 14% ; 50 à 64 ans : 16% ; 65 ans et plus : 14% Sarkozy : 18 à 24 ans : 30% ; 25 à 34 ans : 32% ; 35 à 49 ans : 24% ; 50 à 64 ans : 19% ; 65 ans et plus : 37% Le Pen : 18 à 24 ans : 19% ; 25 à 34 ans : 18% ; 35 à 49 ans : 21% ; 50 à 64 ans : 20% ; 65 ans et plus : 9% 19b) Electorats et professions Extrême gauche : Points forts 4% des ouvriers, 2% autres inactifs, 1% employés et 1% professions intermédiaires Jean-Luc Mélenchon : 14% des ouvriers, 13% des cadres, 12% professions intermédiaires, 12% autres inactifs, 10% retraités, 9% employés, 8% chefs d’entreprise, artisans, commerçants Hollande : autres inactifs 33%, 32% professions intermédiaires, 28% retraités, 25% cadres, 24% chefs d’entreprise, artisans, commerçants Joly : 5% cadres, 5% professions intermédiaires, 2% retraités Bayrou : 21% professions intermédiaires, 16% retraités, 15% chefs d’entreprise, artisans, commerçants, 15% cadres Sarkozy : 40% chefs d’entreprise, artisans, commerçants, 34% cadres, 33% retraités… et seulement 19% des ouvriers Le Pen : 35% employés, 28% ouvriers, 19% autres inactifs, 13% chefs d’entreprise, artisans, commerçants 19c) Quelles sont les intentions de vote des électeurs aux présidentielles 2007Extrême gauche : Electorat Besancenot 5% Jean-Luc Mélenchon : Electorat Besancenot 45%, Electorat Royal 11%, Electorat Bayrou 11%, Electorat Sarkozy 2%, Electorat Le Pen 6% Hollande : Electorat Besancenot 19%, Electorat Royal 74%, Electorat Bayrou 18%, Electorat Sarkozy 2%, Electorat Le Pen 3% Joly : Electorat Besancenot 5%, Electorat Royal 3%, Electorat Bayrou 2%, Bayrou : Electorat Besancenot 6%, Electorat Royal 5%, Electorat Bayrou 49%, Electorat Sarkozy 7%, Electorat Le Pen 5% Sarkozy : Electorat Besancenot, Electorat Royal 5%, Electorat Bayrou 13%, Electorat Sarkozy 74%, Electorat Le Pen 9% Le Pen : Electorat Besancenot 10%, Electorat Royal 2%, Electorat Bayrou 7%, Electorat Sarkozy 14%, Electorat Le Pen 76%

18) Etude de l’électorat indécis par l’IFOP (12 mars 2012)

Les sondeurs de l’IFOP ont demandé aux électeurs qui affirmaient ne pas être sûrs de leur choix, quel était leur candidat préféré actuellement et leur candidat possible le jour du premier tour. Quel serait votre second choix ?Electorat potentiel de Jean-Luc Mélenchon : 22% Hollande, 5% Joly, 4% Abs Electorat potentiel de François Hollande : 6% Mélenchon, 6% Bayrou, 8% autres, 3% Abs Electorat potentiel d’Eva Joly : 6% Mélenchon, 16% Hollande, 6% Bayrou, 5% Lepage, 5% Sarkozy, 11% Le Pen Electorat potentiel de François Bayrou : 10% Hollande, 21% Sarkozy, 3% Le Pen, 8% autres, 9% abs Electorat potentiel de Nicolas Sarkozy : 3% Hollande, 5% Bayrou, 5% Le Pen, 3% autres, 5% abs Electorat potentiel de Mme Le Pen : 9% Bayrou, 9% Sarkozy, 8% abs

17) Electorats potentiels à 52 jours du premier tour

Sondage TNS Sofres pour Le Nouvel Observateur Structure des électorats par âge 18 à 24 ans : Mélenchon 10%, Hollande 35%, Bayrou 14%, Sarkozy 26%, Le Pen 8% 25 à 34 ans : Mélenchon 7%, Hollande 33% , Bayrou 7%, Sarkozy 24%, Le Pen 20% 35 à 49 ans : Mélenchon 11%, Hollande 33%, Bayrou 8%, Sarkozy 19%, Le Pen 17% 50 à 64 ans : Mélenchon 12%, Hollande 27%, Bayrou 8%, Sarkozy 26%, Le Pen 21% 68 ans et plus : Mélenchon 5%, Hollande 26%, Bayrou 10%, Sarkozy 44%, Le Pen 14% Structure des électorats par catégorie socio-professionnelle Employés : Mélenchon 13%, Hollande 29%, Bayrou 11%, Sarkozy 22%, Le Pen 17% Ouvriers : Mélenchon 8%, Hollande 28%, Bayrou 10%, Sarkozy 18%, Le Pen 32% Professions intermédiaires : Mélenchon 12%, Hollande 30%, Bayrou 16%, Sarkozy 23%, Le Pen 10% “Inactifs” et retraités : Mélenchon 9%, Hollande 26%, Bayrou 9%, Sarkozy 37%, Le Pen 15% Cadres : Mélenchon 9%, Hollande 46%, Bayrou 7%, Sarkozy 21%, Le Pen 8% Commerçants, artisans et chefs d’entreprise : Mélenchon 9%, Hollande 20%, Bayrou 12%, Sarkozy 26%, Le Pen 10% Structure des électorats en fonction des suffrages de 2007L’électorat Besancenot de 2007 choisirait en 2012 : Mélenchon 42%, Hollande 42%, Joly 7% L’électorat Royal de 2007 choisirait en 2012 : Mélenchon 10%, Hollande 73%, Joly 2% L’électorat Le Pen de 2007 choisirait en 2012 : 1% Hollande, 11% Sarkozy, 87% Le Pen.

16) Intentions de vote des salariés en fonction de leur proximité syndicale

Pour accéder au commentaire de ce sondage 16, cliquer sur le titre 16 ci-dessus.

15) Sondage IFOP sur les électorats potentiels à 68 jours du vote

15a) Structuration par catégorie sociale Nicolas Sarkozy engrange un électorat de droite très classique : avec 41% parmi les chefs d’entreprise, artisans, commerçants, 33% parmi les retraités, 26% parmi les “inactifs”, 20% parmi les professions libérales et cadres supérieurs. François Hollande fait le plein parmi les professions libérales et cadres supérieurs (42%), les professions intermédiaires 33% (éducation, santé, social…), les employés 32%, les retraités 30%, les “inactifs 28%. Le Pen obtiendrait surtout ses voix parmi les ouvriers (28%), les chefs d’entreprise, artisans, commerçants (25%), les employés (22%) et les inactifs (21%) Les intentions de vote en faveur de François Bayrou émanent majoritairement des chefs d’entreprise, artisans, commerçants (17%), des professions intermédiaires (17%), des professions libérales et cadres supérieurs (14%), des retraités 13%. Jean-Luc Mélenchon se rapproche de plus en plus d’un électorat marqué à gauche et populaire : 12% parmi les professions intermédiaires, 9% ouvriers, 9% employés, 9% retraités, 9% professions libérales et cadres supérieurs, 6% “autres inactifs”, 5% chefs d’entreprise, artisans, commerçants 15b) Vers quel candidat s’orientent les électorats de 2007 ? L’électorat Besancenot de 2007 irait en 2012 essentiellement vers Jean-Luc Mélenchon (41%) et François Hollande (35%). L’électorat Royal de 2007 irait en 2012 essentiellement vers Jean-Luc Mélenchon (8%) et François Hollande (78%). 15c) Structuration des électorats par tranche d’âge Pour Jean-Luc Mélenchon : 11% de 35 à 49 ans, 10% de 50 à 64 ans, 7% 65 ans et plus, 6% 18 à 34 ans. L’électorat le plus âgé, de loin, est celui de Nicolas Sarkozy avec 41 % d’intentions de vote parmi les plus de 65 ans. 15d) Sureté du choix par électoratLes électorats qui affirment les moins certains de leur choix sont ceux de François Bayrou et Eva Joly. Pour le second tour, François Hollande obtiendrait 57,5% et Nicolas Sarkozy 42,5%.

14) Sociologie de l’électorat de Jean-Luc Mélenchon

Sondage IFOP du 9 janvier 3 février 2012 pour L’Humanité Echantillon de 6483 personnes âgées de 18 ans et plus. La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession de l’interviewé) après stratification par région et catégorie d’agglomération. Structure par âge 18 à 24 ans : 6% ; 25 à 34 ans : 6% ; 35 à 49 ans : 8% ; 50 à 64 ans : 10% ; 65 ans et plus : 8% Structure par type de commune Communes rurales : 7% ; Communes urbaines de province : 8% ; Agglomération parisienne : 9% Structure par catégorie sociale Professions intermédiaires de la fonction publique et assimilés (services publics), de la santé et du travail social : 14% Entreprises privées (techniciens, cadres intermédiaires) : 11% Ouvriers non qualifiés : 10% Ouvriers qualifiés : 9% Cadres (professions scientifiques, information, arts, enseignants…) 8% Personnels des services directs aux particuliers (assistantes maternelles, concierges, aides à domicile, coiffeurs, …) 7% Employés civils et agents de service de la fonction publique, policiers et militaires 7% Cadres d’entreprise (administratifs et commerciaux, ingénieurs et cadres techniques) 5% Employés administratifs d’entreprise, employés de commerce : 5% Professions libérales et assimilés : 5% Artisans, commerçants, agriculteurs, chefs d’entreprise : 3% Structure par grande région Région parisienne : 9% Alsace, Franche Comté, Lorraine : 9% Bretagne, Pays de Loire, Poitou Charentes : 8% Rhône Alpes, Auvergne : 8% Languedoc-Roussillon, Provence Alpes Côte d’Azur : 8% Picardie, Champagne Ardenne, Bourgogne : 8% Haute Normandie, Basse Normandie, Centre : 8% Midi Pyrénées, Limousin, Aquitaine 7% Nord Pas de Calais : 7% Pourcentage d’intentions de vote Mélenchon 2012 dans les électorats de 2007Laguiller : 22% Besancenot : 38% Buffet : 74% Bové : 18% Royal : 7% Bayrou : 5%, Sarkozy 1%, Le Pen 1%

13) Sondages IFOP Début Février 2012

13a) Etude sur les intentions de vote pour le Journal du dimanche Au sein de l’électorat potentiel du Front de Gauche : Jean-Luc Mélenchon recueillerait 65% des suffrages, François Hollande 28%, Poutou 2%. Parmi les électeurs PC et Extrême gauche de 2007 : Jean-Luc Mélenchon recueillerait 81% des suffrages, François Hollande 9%, Poutou 2%. Au sein de l’électorat potentiel du Parti Socialiste : Jean-Luc Mélenchon recueillerait 5% des suffrages, François Hollande 89% Au sein de l’électorat potentiel Europe Ecologie – Les Verts : Jean-Luc Mélenchon recueillerait 9% des suffrages, François Hollande 37%, Poutou 3%, Arthaud 2%, Joly 34%, Bayrou 10%, Sarkozy 5% 13b) Tableau de bord politique Février 2012 pour Paris MatchLa confiance en Nicolas Sarkozy continuerait à se dégrader dans l’opinion avec seulement 9% des Français qui l’approuvent tout à fait et 26% qui l’approuvent plutôt contre 22% qui “n’approuvent plutôt pas” et 43% (+3%) qui “n’approuvent pas du tout”. La cote de François Fillon suit la même courbe descendante avec 7% supplémentaire en un mois qui “n’approuvent pas du tout”. Certains éléments du sondage IFOP condamnent l’actuel président de façon presque irrémédiable. Seulement 15% des sondés l’estiment plus sensible que François Hollande aux préoccupations des Français Seulement 17% des sondés l’estiment plus capable que François Hollande de mener une bonne politique sociale

12) Enquête du CEVIPOF sur les intentions de vote dans la fonction publique

Le CEVIPOF CNRS a réalisé en décembre 2011 (publié en janvier 2012) une enquête sur les intentions de vote des fonctionnaires pour l’élection présidentielle de 2012. Les 5 millions d’agents concernés représentent environ 12% de l’électorat. 12a) Politisation Le travail concernant le positionnement gauche-droite donne les résultat suivants : Fonction publique d’Etat : Gauche 46%, Centre 13%, Droite 23%, Ni droite ni gauche 19% Fonction publique hospitalière : Gauche 42%, Centre 16%, Droite 18%, Ni droite ni gauche 24% Fonction publique territoriale : Gauche 42%, Centre 13%, Droite 15%, Ni droite ni gauche 31% Entreprises publiques : Gauche 36%, Centre 10%, Droite 11%, Ni ni 43% 12b) Enquête sur le positionnement droite gauche pour quelques métiers Enseignants : Gauche 51%, Centre 21%, Droite 15%, Nini 14% Policiers Militaires : Gauche 13%, Centre 5%, Droite 50%, Nini 32% Employés fonction publique : Gauche 38%, Centre 10%, Droite 21%, Nini 32% Cadres fonction publique : Gauche 49%, Centre 21%, droite 21%, Nini 14% 12c) Intentions de vote par institution François Hollande arrive largement en tête dans sept institutions (et catégories) sur 8 : FP Etat (30%), FP Hôpitaux (33%), FP territoriale (38%, Entreprises publiques (34%), Cadres FP (35%), Enseignants (36%), Employés FP (32%) Jean-Luc Mélenchon obtient des intentions de vote oscillant entre 5 et 12% : 9% dans la Fp d’Etat, 8% dans la FP hospitalière, 8% parmi les cadres de la FP, 12% parmi les enseignants… Madame Le Pen passe devant Nicolas Sarkozy sur l’ensemble de la fonction publique avec 15% dans la FP d’Etat, 18% dans la FP hospitalière, 13% dans la FP territoriale (contre 11 pour Sarkozy), 24% dans les entreprises publiques (contre 9% pour Sarkozy), 18% parmi les employés FP mais seulement 3% chez les enseignants. 12d) Le problème posé par les policiers et militaires Jean-Luc Mélenchon y obtient 0% d’intentions de vote, François Hollande 8% contre 11% pour Bayrou, 27% pour Sarkozy et 37% pour Le Pen. Ce spectre politique des forces de l’ordre pose évidemment la question : la police comme l’armée peuvent-elles être considérées comme des institutions républicaines ? Leur fonction est de les défendre… en théorie. 12e) Remarques d’ensembleNotons deux conclusions tirées par le CEVIPOF lui-même : la Fonction Publique présente un aspect multiple, fragmenté selon les métiers et les emplois avec des caractéristiques politiques fort différentes la Fonction publique constitue cependant “le point nodal de l’antisarkozysme”. “La Révision Générale des Politiques Publiques a été vécue par les fonctionnaires comme une atteinte à leur professionnalité même.” La suppression de 150000 fonctionnaires entre 2007 et 2012 représente, de plus, la mesure la plus critiquée du quinquennat dans l’opinion publique.

11) Sondage IFOP concernant l’évolution des intentions de vote entre le 12 et le 18 janvier 2012

La présence de candidats dans les grands médias pèse lourd sur les intentions de vote des citoyens. Cela fut constaté lors des primaires socialistes. Cela fut encore constaté lors du week-end où Nicolas sarkozy et Angela Merkel se posèrent en sauveurs de l’Europe et de l’euro. L’émission Des paroles et des actes sur France 2 vient d’apporter un plus à Jean-Luc Mélenchon grace aux qualités de ses interventions reconnues par des articles de la presse écrite. Les 12 et 13 janvier, Jean-Luc Mélenchon obtient 6,5% d’intentions de vote. Le 16 : 7%. Le 17 : 7,5%. Le 18 : 8%.

10 Sondage IFOP mi-décembre 2011

Que retenir de cette nouvelle “étude” lancée par l’institut IFOP sur les électorats potentiels des candidats à l’élection présidentielle de 2012 ? le pourcentage d’électeurs de Besancenot (2007) ayant l’intention de voter Mélenchon en 2012 était de 29% en octobre, 32% en novembre, 36% en décembre le pourcentage d’électeurs de Ségolène Royal (2007) ayant l’intention de voter Mélenchon en 2012 se maintient autour de 8% le milieu social dans lequel le vote Mélenchon est le plus fort reste celui de la classe ouvrière (10% pour Jean-Luc Mélenchon, 27% pour Hollande, 6% Joly, 14% Sarkozy, 28% Le Pen en baisse depuis novembre). Jean-Luc Mélenchon obtient des pourcentages proches parmi les salariés du privé et du public, parmi les communes urbaines et rurales, parmi les hommes et les femmes. les tranches d’âge qui lui apporteraient le plus de voix restent celles des 18 à 24 ans (8%) et celle des 50 à 64 ans (10%) En dehors de ces éléments sur l’électorat potentiel de Jean-Luc Mélenchon, notons : la percée de Villepin dans l’électorat de droite traditionnel (13% parmi les artisans et commerçants, 8% parmi les professions libérales et cadres supérieurs) aux dépens de Sarkozy le maintien d’un électorat très faible pour Sarkozy parmi les moins de 35 ans (15%)

9) SONDAGE IFOP fin novembre 2011

Cette enquête IFOP pour Atlantico fait apparaître une nouvelle progression de l’électorat potentiel de Jean-Luc Mélenchon avec 7,5% des sondés. Par rapport au sondage du début du mois, il paraît faire encore plus le plein parmi les électorats qui se caractérisent eux-mêmes comme : extrême gauche ( de 20% à 28%) ou Front de Gauche ( de 60% à 65%). Le pourcentage de citoyens se définissant comme écologistes et prêts à voter pour lui paraît également progresser (de 2% à 5%). Cette évolution est confirmée par un autre élément de l’enquête : le pourcentage d’électeurs Besancenot de 2007 ayant l’intention de voter pour Jean-Luc Mélenchon en 2012 aurait progressé depuis octobre 2011 de 29% à 32%, le pourcentage d’électeurs Royal de 2007 ayant l’intention de voter pour Jean-Luc Mélenchon en 2012 aurait progressé depuis octobre 2011 de 5% à 8% Du point de vue de la base sociale de cet électorat, IFOP donne les pourcentages suivants pour l’électorat ouvrier : Jean-Luc Mélenchon 12%, Hollande 27%, Joly 2%, Bayrou 6%, Sarkozy 17%, Le Pen à 37%. Le critère du type de commune (rurale, urbaine provinciale, parisienne) n’est probablement pas pertinent car les résultats sont totalement incompréhensibles d’une enquête IFOP à l’autre. Au début du mois, l’enquête donnait seulement 3% à Jean-Luc Mélenchon en région parisienne puis un bond à 13% en fin de mois. Evolution inverse pour les zones urbaines de province (de 9% à 7%).

8) SONDAGE IFOP début novembre 2011

Par rapport au mois d’octobre 2011, Jean Luc Mélenchon progresse à nouveau, cette fois-ci de 6% à 7%. Cette enquête IFOP donne-t-elle quelques éléments pour comprendre d’où provient ce point supplémentaire ? Peut-être. Jean-Luc Mélenchon fait encore plus le plein qu’en octobre parmi l’électorat qui a voté “Front de gauche” lors des régionales : 76%. Dans le même temps, il progresse pour la première fois dans l’électorat qui a voté écologiste lors de ce même scrutin : de 3% à 8%. L’électorat potentiel de Jean-Luc Mélenchon apparaît en novembre 2011 comme très homogène politiquement (0% FN, 0% UMP, 1% MODEM, 1% PS, 2% écologistes), avec 80% affirmant une proximité politique Front de gauche (60%) et extrême gauche (20%), 15% gauche sans précision. Cet électorat apparaît aussi comme assez homogène socialement avec 8% des ouvriers, 7% des employés, 14% des professions intermédiaires (professeurs, services sociaux…), 5% des retraités. Cet électorat Mélenchon reste plus nombreux dans les zones urbaines de province (9%) que dans les communes rurales (6%) et la région parisienne (3%). Par rapport aux premières enquêtes IFOP qui donnaient un électorat potentiel de Mélenchon très âgé, celle-ci confirme une évolution dans le sens d’une présence proche dans toutes les catégories d’âge avec un maximum chez les 18-24 ans (9%) et chez les 50-65 ans (9%). 8% de 35 à 50 ans et seulement 5% parmi les plus de 65 ans.

7) SONDAGE IFOP octobre 2011

Cette enquête IFOP d’octobre 2011 donne des résultats assez différents de ceux révélés par le même type de travail en juillet et mars 2011. Il est vrai que l’augmentation du nombre de votants possibles de 3% à 4% puis 6% pour Jean-Luc Mélenchon peut modifier les paramètres. L’électorat potentiel de Jean-luc Mélenchon provient toujours majoritairement de citoyens qui se reconnaissent globalement dans le Front de Gauche (61%) mais la part d’électeurs proches de l’extrême gauche augmente très fortement (22% de son total) ; le pourcentage provenant de personnes se considérant proches du PS ou des Verts-écologistes reste toujours aussi faible (3% pour chacun). Sur quel candidat s’étaient portés en 2007 les électeurs potentiels de Jean-Luc Mélenchon pour 2012 ? il semble en gagner toujours aussi peu sur l’électorat Ségolène Royal (5%) mais progresse très nettement dans l’ancien électorat d’Olivier Besancenot avec 29% de ceux-ci. En juillet, l’électorat potentiel de Jean-Luc Mélenchon provenait essentiellement de salariés du secteur public. En octobre, le pourcentage de salariés du privé a été multiplié par 2,5 et se trouve supérieur à celui du public. Même évolution déroutante dans l’étude par tranche d’âge : celle dans laquelle Jean-luc Mélenchon obtenait ses plus mauvais résultats est à présent celle qui tire son score : 11% parmi les 25 à 34 ans, 7% de 18 à 24 ans, 7% 50 à 64 ans, 7% 65 ans et plus mais 4% de 35 à 49 ans. Région par région, c’est dans le grand Sud-Ouest que Jean-Luc Mélenchon obtiendrait son meilleur score (12%) pour 9% dans le Nord-Est, 6% dans la région parisienne, 4% dans le Sud-Est et 2% dans le Nord-Ouest. L’électorat Mélenchon apparaît aussi comme très supérieur dans les zones urbaines de province par rapport aux communes rurales et à la région parisienne.

6) SONDAGE IFOP juillet 2011

D’après ce sondage, moins précis que celui de mars : l’électorat de Jean-Luc Mélenchon se trouve essentiellement au sein des tranches d’âge 18-24 ans, 50 à 64 ans, 65 ans et plus. Il comprendrait un nombre important de salariés du public. depuis mars 2011, Jean-Luc Mélenchon aurait gagné des voix dans l’électorat d’extrême gauche (10% des électeurs Besancenot de 2007). Son potentiel resterait essentiellement circonscrit dans l’électorat se reconnaissant dans le Front de gauche. Il mordrait peu sur l’électorat 2007 de Ségolène Royal.

5) SONDAGE IFOP Mars 2011

Le sondage IFOP réalisé du 7 au 9 mars 2011 donne quelques éléments de réflexion quant à l’électorat potentiel des possibles candidats pour 2012. Nous prenons ici pour référence l’hypothèse Strauss Kahn investi par le PS. 5a) Intentions de vote selon la proximité politique Parmi les sondés qui se disent proches de l’extrême gauche (LO NPA), 60% voteraient Besancenot, 15% pour DSK, 14% pour M Le Pen, 4% pour Joly, 3% pour Jean-Luc Mélenchon Parmi les sondés qui se disent proches du Front de Gauche, 68% voteraient Jean-Luc Mélenchon, 18% DSK, 7% Joly, 3% pour M Le Pen, 1% extrême gauche Parmi les sondés qui se disent proches du Parti socialiste, 82% voteraient pour DSK, 4% Jean-Luc Mélenchon, 3% Besancenot, 3% Joly, 3% pour M Le Pen, 2% Arthaud, 2% Bayrou, 1% Villepin Parmi les sondés qui se disent proches des Verts, 38% voteraient pour Eva Joly, 27% pour DSK, 9% Bayrou, 8% pour M Le Pen, 6% Villepin, 3% Jean-Luc Mélenchon, 3% Besancenot, 2% Arthaud Parmi les sondés qui se disent proches de l’UMP, 79% voteraient pour Sarkozy, 12% pour M Le Pen, 4% pour DSK Parmi les sondés qui se disent proches du Front National, 92% voteraient pour M Le Pen, 5% pour Sarkozy 5b) Intention de vote selon l’âge Nicolas Sarkozy n’arrive en tête que dans la tranche des 65 ans et plus mais il y fait un carton (38%). L’électorat de Jean-Luc Mélenchon resterait fort parmi la génération des années 1968 (8% dans la tranche des 50 à 64 ans) et faible parmi les jeunes. Besancenot réaliserait le 3ème pourcentage parmi les jeunes de 18 à 24 ans (11%) après DSK et Sarkozy. Par contre, Madame Le Pen bénéficierait d’une audience nettement plus faible parmi eux que dans le reste de la population. 5c) Intention de vote selon la profession DSK obtiendrait des intentions de vote élevées parmi les professions libérales et cadres supérieurs (24%), les retraités (32%), les artisans et commerçants (36%), les professions intermédiaires (41%) Sarkozy conserverait un électorat significatif parmi les professions libérales et cadres supérieurs (30%), les retraités (34%), les artisans et commerçants (27%) Dans la catégorie OUVRIER, Madame Le Pen arriverait en tête avec 38% devant Sarkozy (16%), DSK (15%), Besancenot (11%) Dans la catégorie EMPLOYE, les orientations seraient proches (37% pour M Le Pen. 5d) Intention de vote selon le lieu d’habitationJean-Luc Mélenchon bénéficierait d’intentions de vote plus élevées dans l’agglomération parisienne (5%) et les villes de province (5%) que dans les communes urales (4%). C’est l’inverse pour Besancenot, Joly et M Le Pen.

4) Electorats potentiels chez les 50-65 ans Mélenchon 10% à 11%, PS (17 à 24%), Sarkozy (23%), Le Pen (18%), Besancenot (3%)…

Selon un sondage Ifop Planet.fr pour l’Observatoire politique et social des 50-65 ans publié mardi :Au premier tour, si DSK est le candidat du PS, il arriverait en tête avec 24% (27% en octobre) devant Nicolas Sarkozy, 23% (inchangé). Marine Le Pen suivrait avec 18% des voix (+2), puis Jean- Luc Mélenchon (10%, +2), Eva Joly (6,5%, -0,5), François Bayrou (6%, inchangé), Dominique de Villepin (5,5%, inchangé), Olivier Besancenot (3%, -1), Hervé Morin (2%, non testé en octobre), Nathalie Arthaud (1%, inchangé), Nicolas Dupont-Aignan (1%, -1). En cas de candidature de Martine Aubry, cette dernière aurait 21% des voix (-2), derrière Nicolas Sarkozy (24%, inchangé). Ils seraient suivis de Marine Le Pen (18%, +1), Jean-Luc-Mélenchon (10%, +2), Eva Joly (7,5%, +0,5%), François Bayrou (7%, inchangé), Dominique de Villepin (5,5%, -2,5%), Olivier Besancenot (3%, -1), Hervé Morin (2%), Nathalie Arthaud (1%, inchangé), Nicolas Dupont- Aignan (1%, -1). Ségolène Royal n’aurait que 17% des voix derrière Nicolas Sarkozy à 25%. Marine Le Pen recueillerait 18%, Jean-Luc Mélenchon 11%, Eva Joly 8%, François Bayrou 7,5%, Dominique de Villepin 5,5%, Olivier Besancenot (4%), Hervé Morin 2%, Nathalie Arthaud et Nicolas Dupond- Aignan, 1% chacun. Selon le politologue de l’Ifop Frédéric Dabi, la tranche d’âge des 50-65 ans qui a été testée sera déterminante en 2012, en raison de son taux de participation élevé. Sondage Ifop réalisé du 7 au 14 janvier par questionnaire auto-administré en ligne auprès d’un échantillon de 2.025 personnes représentatif de la population française âgée de 50 à 65 ans (méthode des quotas). A la question “si dimanche prochain devait se dérouler le second tour de l’élection présidentielle, pour lequel des candidats suivants y aurait-il le plus de chances que vous votiez ?”, 59% des 50-65 ans répondent Dominique Strauss-Kahn s’il est candidat du PS, contre 41% Nicolas Sarkozy. Ils étaient 60% à donner leur préférence au directeur général du FMI en octobre, contre 40% au chef de l’Etat. Martine Aubry recueillerait 54% des voix (55% en octobre), contre 46% pour Nicolas Sarkozy (45%). Dans l’hypothèse où Ségolène Royal serait la candidate du PS au second tour, celle-ci n’aurait plus que 49% des voix, face à Nicolas Sarkozy qui la battrait avec 51% des voix. Cette hypothèse n’avait pas été testée en octobre. Source : sondage Ifop Planet.fr pour l’Observatoire politique et social

3) Sondage IFOP mi-novembre pour Paris Match sur l’électorat potentiel de Dominique Strauss Kahn

Ce sondage donne Dominique Strauss Kahn largement entête d’un premier tour en 2012 et vainqueur de Nicolas Sarkozy au second tour (59% contre 41%) Europe 1 note “Ce qui est au coeur de sa percée, c’est sa dimension attrape-tout. Tout se passe comme si une partie de l’opinion publique de gauche, du centre, voire peut-être à droite, instrumentaliserait Dominique Strauss-Kahn comme le candidat qui peut battre Nicolas Sarkozy en 2012… Surtout, Nicolas Sarkozy pâtirait d’un report de voix très faible entre les deux tours. Ainsi, au premier tour, selon l’Ifop, le patron du Modem François Bayrou recueillerait entre 9,5% et 7,5%. Mais une minorité de ses électeurs donneraient leur voix au second tour à Nicolas Sarkozy, préférant Martine Aubry (60%) et DSK (73%). Même constat avec Dominique de Villepin (6 à 8,5%), dont les partisans voteraient davantage pour DSK ou François Hollande que pour le président de la République actuel.” Il donne des pourcentages sur le fait que le vote utile en faveur du candidat socialiste pèse déjà dans les intentions de vote. Ainsi, pour le premier tour, Dominique Strauss Kahn bénéficierait de 21% des voix NPA, 16% de celles du Font de Gauche, 31% de celles du MODEM. Ainsi, Martine Aubry bénéficierait de 18% de l’électorat NPA, 25% de celui du Front de Gauche.

2) Electorats potentiels pour 2012 au 12 novembre 2010 d’après l’institut Harris

2a) Par proximité partisane L’électorat d’extrême gauche voterait à 7% pour Florence Arthaud, 75% pour Olivier Besancenot, 10% pour Jean-Luc Mélenchon, 4% pour Martine Aubry et 0% pour les autres candidats (Eva Joly, Bayrou, Villepin, Sarkozy, Le Pen) L’électorat de gauche voterait à 1% pour Florence Arthaud, 2% pour Olivier Besancenot, 18% pour Jean-Luc Mélenchon, 47% pour Martine Aubry, 26% pour Eva Joly, 4% Villepin… 2b) Par tranche d’âge Pour le moment, l’électorat potentiel de Jean-Luc Mélenchon apparaît dans cette enquête comme assez âgé : 0% de 18 à 24 ans, 4% de 25 à 34 ans, 7% de 35 à 49 ans, 10% 50 ans et plus. Les électorats Aubry et Besancenot sont représentés de façon plus régulière selon les tranches d’âge. Celui d’Eva Joly apparaît comme fortement jeune (25% de 18 à 24 ans). Sondage Harris pour 2012. Mélenchon à 7%, Joly à 11, Besancenot à 4,5, Aubry à 20 (5 sondages) Source : http://www.harrisinteractive.fr/new…

1) Résultats et électorats potentiels pour 2012 au 26 mars 2010

L’institut de sondage IFOP a réalisé pour le quotidien Sud-Ouest une enquête “Si l’élection présidentielle avait lieu dans la foulée des élections régionales de 2010″ http://www.ifop.com/?option=com_pub… Echantillon de 855 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, inscrites sur les listes électorales. Les interviews ont eu lieu par téléphone au domicile des personnes interrogéesdu 25 au 26 mars 2010. Quels seraient donc les résultats des présidentielles ” dans la foulée des élections régionales de 2010 “ ? * Martine Aubry : 27% * Nicolas Sarkozy : 26% * Marine Le Pen (Front National) : 11% * Cécile Duflot (Europe Ecologie) est à 9%, * François Bayrou (MoDem) à 7%, * Jean-Luc Mélenchon (Front de gauche) à 6% * Dominique de Villepin à 6% * Olivier Besançenot (NPA) à 5%. * Nicolas Dupont-Aignan (Debout la République) : 2% * Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière) : 1%

Campagnes présidentielles de 1981 et de 2012 : l’Histoire se répète-t-elle ?

Depuis le 19 janvier, et jusqu’au 10 mai, la Fondation Jean-Jaurès, présidée par l’ancien Premier ministre socialiste Pierre Mauroy, alimente le compte Twitter @LaVictoireEnMai afin de faire revivre en temps réel la campagne présidentielle de 1981, remportée par François Mitterrand. Basée sur les événements et les déclarations de l’époque, l’initiative met au jour plusieurs points communs avec la campagne électorale actuelle, dont les deux favoris sont le président sortant Nicolas Sarkozy et son rival socialiste François Hollande. Thierry Mérel, directeur du secteur Histoire de la Fondation Jean-Jaurès, décrypte pour FRANCE 24 les nombreuses similitudes entre les contextes et les enjeux socio-politiques des deux campagnes.


FRANCE 24 - Les “tweets” de @LaVictoireEnMai révèlent que les campagnes présidentielles de 1981 et de 2012 présentent certaines similitudes. Historiquement, peut-on rapprocher les deux scrutins et quels sont les points communs les plus frappants ?
 
Thierry Mérel - D’un point de vue économique et social, le contexte des deux campagnes a en effet des similitudes notables : hausse du chômage, fort taux d’inflation, hausse des prix de l’immobilier, hausse des produits pétroliers, production industrielle qui baisse et une consommation des ménages en berne. Par conséquent, les thèmes de la campagne seront, entre autres, “la crise”, “l’emploi” et “le chômage”, qui restent encore aujourd’hui les principales préoccupations des Français.
D’un point de vue politique, la campagne de 1981 va être elle aussi marquée par un président sortant, Valéry Giscard d’Estaing (VGE), qui retarde le plus possible sa déclaration de candidature, et dont le bilan est particulièrement difficile à défendre : stigmatisation d’une dérive monarchique, mauvaise gestion de la crise économique, politique étrangère confuse. En février de cette année, 51 % de la population se déclarent mécontents de sa politique. Il faut ajouter à cela les “affaires” dans lesquelles le locataire de l’Élysée, ou ses proches sont cités, (De Broglie, les diamants de Bokassa…) et qui occupent une large place dans la presse avant le premier tour de la présidentielle.
F24 – Cette similitude apparaît-elle également dans les slogans ou les discours de l’époque ?
EXTRAITS DES TWEETS DE @LAVICTOIREENMAI
(Crédit photo : Twitter)
T. M - Certaines paroles et certains discours tenus en 1981 font écho à la campagne actuelle : Valéry Giscard d’Estaing prédisait le “désordre” en cas de victoire socialiste, tandis que François Mitterrand se plaisait à nommer VGE le “candidat sortant”, formule redécouverte lors de la campagne actuelle. Par ailleurs, les déclarations reprises dans les “tweets” de “LaVictoireEnMai” reflètent aussi la virulence verbale avec lequel se déroule le débat politique. Comme aujourd’hui, tous les candidats vont plutôt s’attaquer au président sortant sans toutefois s’épargner entre eux. En effet, aux antagonismes au sein de la droite répondent les déclarations sévères entre socialistes et communistes. Enfin, la critique acerbe contre les médias de la part du candidat communiste Georges Marchais rappelle celle d’un Jean-Luc Mélenchon aujourd’hui.
F24 – Selon la majorité des sondages publiés depuis le début de la campagne, le candidat socialiste semble en mesure de remporter la présidentielle le 6 mai prochain, et battre le locataire de l’Élysée comme en 1981. François Mitterrand jouissait-il à l’époque de sondages aussi favorables ?
T. M. - En 1981, le sentiment que l’élection serait jouée d’avance n’existait pas. Les campagnes de 1981 et de 2012 ont pour point commun un fort appel à la mobilisation dans chaque camp. Mais d’un point de vue plus politique, on note de grandes différences : durant l’été 1980, le rapport de forces est loin de laisser présager la victoire de François Mitterrand le 10 mai 1981. VGE est crédité par l’Ifop de 36 % d’intentions de vote contre 18 % pour François Mitterrand au premier tour. Jusqu’au mois de mars, le candidat sortant est le vainqueur que les sondages annoncent, et ce n’est qu’en mars qu’un premier sondage donne 51 % à François Mitterrand au second tour.
Depuis plusieurs mois, de nombreux instituts de sondage donnent un résultat autour des 53 % pour François Hollande. Le recul de l’Histoire permet de dire que les scrutins suivants ont confirmé que le vainqueur des sondages de mars est le vainqueur de mai. Le 10 mai 1981, les Français ont choisi le changement.
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Préparation de l’examen final Histoire des institutions

Un dossier pour l’entraînement à l’épreuve du commentaire de texte.

“Chaque génération a le choix entre trahir et accomplir sa mission” Frantz FANON.

Bon travail !

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Le pouvoir judiciaire: un ouvrage édifiant

Jacques Krynen, L’Emprise contemporaine des juges

Jacques KRYNEN
L’État de justice, France, XIIIe-XXe siècle, II.
L’Emprise contemporaine des juges
Paris, Gallimard (NRF, Bibliothèque des histoires), 2012.

ISBN: 978-2-07-012498-5

EAN: 9782070124985

26,00 €

Présentation de l’éditeur

La justice fait bien plus que trancher les procès, la voici gardienne des valeurs de la République et de la démocratie. Plus rien ni personne n’échappe à ses interventions, à ses sanctions. Cette emprise de la magistrature sur la marche du pouvoir est un phénomène décelable dès le Moyen Âge et qui s’amplifie sous l’Ancien Régime avait montré Jacques Krynen dans un premier volume. Si elle a été combattue par la réforme des institutions, des formes et des procédures judiciaires sous la Révolution, ce fut sans lendemain, ajoute-t-il dans ce second.
Au XIXe siècle, les juges ont recommencé d’affirmer un savoir et une conscience professionnels non réductibles aux décisions du pouvoir politique. Dans tous les domaines de la vie privée et publique, la France est redevenue, au XXe siècle, sous les auspices de l’«État de droit», l’État de justice qu’elle avait été sous la monarchie. Comment et pourquoi en est-elle revenue là? Comment est-ce compatible avec le dogme démocratique?

L’auteur
Historien français du droit, de la justice et de la science politique, Jacques Krynen est professeur à l’université Toulouse-I Capitole. Il est en particulier l’auteur, aux Éditions Gallimard, de L’Empire du roi (Bibliothèque des histoires, 1993), rapidement devenu un ouvrage de référence, et de L’État de justice. France, XIIIe-XXe siècle, I. L’Idéologie de la magistrature ancienne (Bibliothèque des histoires, 2009).

Sommaire

L’émancipation du pouvoir judiciaire

  • La négation révolutionnaire du “pouvoir judiciaire”
  • “L’ordre judiciaire” du Consulat et de l’Empire
  • L’indépendance revendiquée

État de droit, justice et démocratie

  • La naissance et l’essor de la justice administrative
  • Le surgissement de la justice constitutionnelle
  • Le déficit de légitimité des juges
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info média

Bonjour,

Pour votre information, Sans tabou, émission radiophonique de Guadeloupe 1ère (20h30-22h), reçoit ce soir Didier Destouches (Mcf Histoire du Droit) pour traiter de son dernier ouvrage intitulé : « Histoire des idées politiques, de Platon à Rousseau ».

Présentation de l’émission de ce soir par l’animateur :

Avec l’arrivée des échéances électorales présidentielles et législatives, il nous a paru bon d’en savoir un peu plus sur cette culture des idées politiques qui construisent ou détruisent une société selon l’utilisation des idéologies.

Faire aussi le point sur notre monde aujourd’hui régit par la consommation et comprendre les mécanismes humains qui entraînent une grande majorité des peuples à suivre cette logique institutionnalisée sans garde-fou et sans recul.

 

Un débat interactif qui débute ce soir à partir de 20H30 et s’achève à 22H00. Des auditeurs qui peuvent réagir en direct par téléphone et ou donner leurs opinions sur la page face book « sans tabou »!

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Colloque les politiques culturelles outre-mer

Quelles politiques culturelles pour les départements d’outre-mer ? Perspectives historiques

RÉSUMÉ

« Quelles politiques culturelles pour les départements d’outre-mer ? Perspectives historiques », journée d’études du 13 février 2012 – Cité nationale d’histoire de l’immigration. Organisée par le Centre d’histoire sociale du XXe siècle (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne), avec le soutien de la CNHI et du département du pilotage de la recherche, Direction générale des patrimoines, MCC. Journée proposée dans le cadre de 2011, année des outre-mer français.

ANNONCE

Présentation

Si  l’histoire des politiques culturelles françaises depuis 1959 est  désormais bien connue, si des recherches  se développent aujourd’hui autour d’une étude comparée des politiques culturelles internationales, des zones d’ombre demeurent  en matière d’applications pratiques des politiques culturelles, notamment dans l’espace ultramarin. Les implications culturelles de la départementalisation, et plus encore les expériences et les initiatives antérieures, souvent proliférantes, sont  largement méconnues. À l’évidence, les repères  métropolitains ne peuvent être  plaqués à l’identique. De profonds décalages existent entre  la création de structures  et d’organismes en métropole  et l’implantation dans les DOM, celle-ci n’obéissant à aucune marche uniforme. Les circulations culturelles interrégionales demandent à être mieux considérées au point que l’interrogation  sur  l’échelle d’analyse est  déterminante.  La notion  même  de culture  ne peut  être  posée  sans tenir  compte  d’une histoire  spécifique aux citoyens des outre-mer  et de la quête d’une identité culturelle propre.

Entre préservation d’un patrimoine dont il conviendra de circonscrire l’étendue et valorisation de la création, on s’interrogera donc sur la définition et le sens  de  l’expression  « politiques culturelles  » appliquée aux départements d’outre-mer.  On  tentera  d’en  identifier  les prémices, repérer   les moments d’émergence et les rythmes, d’en observer  les acteurs principaux et les manifestations saillantes, d’en comprendre  les enjeux passés et contemporains. Sur ce dernier plan, on ne minimisera pas les débats et les conflits auxquels ont pu donner lieu ces politiques culturelles.

Sur un plan plus pratique, cette  journée d’études a également pour ambition de confronter la parole des historiens, des témoins et des acteurs.

Les organisatrices : Pascale GoetschelCaroline BourgineJulie Verlaine et Anna Trespeuch

PROGRAMME

  • 9h   Accueil   par  Luc GRUSON,  directeur général de  la Cité  nationale  de  l’histoire  de l’immigration
  • Ouverture par Philippe RYGIEL, directeur-adjoint du CHS.
  • Introduction par les organisatrices.

9h30-11h  Session  1.  Réflexions.  Émergence des modèles à l’heure de  la décolonisation et de la départementalisation (des années 1940 aux années 1960)

  • Présentation  par  Daniel MAXIMIN,   commissaire  en  charge  de  l’année  des  Outre-mer français.
  • Priska DEGRAS (Centre  d’études  francophones,  Université Paris IV). « L’heure de  nous- mêmes a sonné ».
  • Jacques DUMONT  (Laboratoire AIHP-Geode EA 929, Université Antilles-Guyane). Mise en perspective  des questions  culturelles et  politiques autour  de   la départementalisation  en Guadeloupe et Martinique.
  • Françoise BLUM (CHS, CNRS). Présence africaine des DOM.

11h15-12h45 Session 2. Expérimentations. Initiatives locales et premières structurations (des années 1960 aux années 1980)

  • La politique culturelle à Fort-de-France : interview  de Jean-Paul et I. CÉSAIRE.
  • Ghislaine GADJARD  (Ancien conseiller pour le théâtre et l’action culturelle au Ministère de la culture ; ancien consultant à l’Unesco ; auteure du Guide culturel de la Guadeloupe, 2004). Le « bouillonnement culturel » des années 1970-1985, un témoignage.
  • Carpanin MARIMOUTOU (LCF-UMR 8143, Université de La Réunion, chargé de mission sur le projet de la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise). Les mouvements culturels réunionnais et les luttes pour les cultures vernaculaires des années 1970 à aujourd’hui.

14h30-16h   Session  3. Valorisations. Politiques culturelles et DOM : entre aménagement du territoire  et action culturelle (des années 1980 aux années 2000)

  • Danielle BÉGOT (AIHP GEODE, EA 929, Université Antilles-Guyane). L’État et les enjeux patrimoniaux aux Antilles, de la départementalisation à la décentralisation.
  • Alain FOIX (Écrivain, ancien directeur  de la scène nationale de la Guadeloupe, fondateur de la compagnie théâtrale Quai des Arts). La création et la diffusion artistique et culturelle en Guadeloupe à l’épreuve de l’identité et de l’isolement. Le cas de la scène nationale.
  • Fanny AUGUIAC (ancienne directrice du Centre  martiniquais d’Action Culturelle, de 1975 à 2006). La mise en place d’établissements culturels en Martinique (Sermac et CMAC) dans les années 1970.
  • Marie-Jo LO-THONG  (Conseillère au service du patrimoine, de l’architecture  et de l’urbanisme, Direction des affaires culturelles océan Indien – DAC OI).

16h15-17h30  Session 4. Et maintenant ? Enjeux  et débats contemporains

  • Fred CONSTANT (CRPLC, Université Antilles-Guyane  ; Directeur régional des affaires culturelles de la Martinique de 1991 à 1993) .
  • Céline DELAVAL (Directrice des affaires culturelles, mairie de Saint-Laurent du Maroni).
  • André  DELPUECH (Conservateur  en chef du Patrimoine, responsable  des  collections des Amériques au musée du Quai Branly).
  • Laurella RINÇON  (Conservatrice  du patrimoine, Direction générale des Patrimoines, Ministère de la culture et de la communication).
  • Françoise VERGÈS  (Politologue, écrivain, Consulting Professor  à Goldsmiths College, Lon- dres et présidente du Comité pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage).

La journée  d’études se clôturera  par le vernissage à 18h de l’exposition des photographies de Frédéric Piantoni, Migrants en Guyane, Chercher la vie.

Inscriptions et contacts

Merci de vous inscrire à la journée d’études à l’adresse : politiques.outremer@gmail.com.

Si vous souhaitez  déjeuner sur place avec les intervenants,   précisez-le dans  votre  mail  avant  le  6  février  (contribution  par  personne : 20 euros, à régler par chèque au nom de l’Association MALHER). Nous remercions l’Association Réunionnaise Communication  et Culture pour sa contribution.

Contacts  :

  • politiques.outremer@gmail.com
  • http://chs.univ-paris1.fr/
  • http://www.histoire-immigration.fr/
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FOCUS : une analyse sur le GWO-KA, patrimoine culturel :

Guadeloupe. Le Gwo Ka au patrimoine culturel de l’humanité : perdition ou partage ?

Pointe à Pitre. Mardi 6 décembre 2011. CCN. Depuis qu’à l’initiative du Centre Repriz, la question de l’inscription du Gwo Ka au patrimoine immatériel de l’humanité par le biais de l’Unesco, est posée, la bataille fait rage entre pro et anti. Les adversaires de cette inscription, se sont constitués » Kolektif pou Gwo ka (cf. CCN du 11 octobre) et multiplient les prises de positions. Selon nos informations, il est même question du dépôt d’un « contre dossier auprès des instances de l’UNESCO. Florabelle Spielmann, ethnomusicologue, doctorante en anthropologie sociale, a assisté ou participé à de nombreux débats et a relevé de nombreuses incompréhensions sur les enjeux de cette inscription. Elle a soumis le texte ci dessous a CCN. Mais auparavant, il convient de signaler qu’elle a travaillé à Paris pendant 3 ans à la Maison des Cultures du Monde en tant que programmatrice pour le Festival de l’imaginaire, qui est dédié à la présentation des formes du patrimoine culturel immatériel du monde. Elle été aussi chargée de mener des missions de prospection afin d’identifier des formes du patrimoine culturel immatériel n’ayant jamais été présentées en France. Elle s’est rendue en Zambie pour voir la sortie de masques Gule Wamkulu et rencontrer les acteurs de ce rituel. Proclamée chef d’œuvre du patrimoine oral et immatériel de l’humanité en 2005, cette sortie de masques a été choisie pour l’ouverture de la 13ème édition du Festival de l’Imaginaire.
Par ailleurs Florabelle Spielmann a mené une mission de prospection en Jamaïque qui a donné lieu à une programmation de Mento et permis de documenter le fonds de la Maison des Cultures du Monde sur les traditions des Marrons de Moore Town. Ces traditions ont été inscrites sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité en 2008.

Le gwoka jeté aux orties. Plongé dans le formol, sans fleurs, ni couronnes. Le gwoka immatérialisé et les guadeloupéens dépossédés. Pour certains, voilà ce que signifierait une inscription du gwoka au patrimoine culturel de l’humanité. Pour d’autres, cela participerait d’une meilleure connaissance du génie créatif et artistique guadeloupéen. Qu’en est-il vraiment ? Quels sont les véritables enjeux de la convention de l’Unesco pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel qui fait tant débat ?

L’Unesco s’emploie à créer les conditions d’un dialogue entre les civilisations, les cultures et les peuples. Pour ce faire, elle met en œuvre des conventions qui, une fois ratifiées par les états, les obligent à des missions spécifiques. La convention dont il est question ici concerne le patrimoine culturel, plus exactement la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Quarante articles qui définissent cette notion de patrimoine et proposent des mesures pour sa valorisation. A ce jour 137 états ont signé cette convention parmi lesquels la majorité des états nations de la Caraïbe. Une convention qui connaît donc un certain succès.

L’appellation « patrimoine culturel immatériel » renvoie à un type bien spécifique de patrimoine culturel. Le patrimoine culturel dont il est ici question englobe notamment les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances qui procurent un sentiment d’identité et de continuité entre les générations. Il s’agit d’un patrimoine vivant, un patrimoine qui bouge et se transforme constamment.

La notion de sauvegarde est centrale dans cette convention et son acception prête à de nombreuses confusions. Loin d’une mise à mort, la notion de sauvegarde envisagée par l’Unesco relève d’un processus dynamique qui se doit d’associer étroitement les porteurs de tradition et les acteurs institutionnels dans le but de faire mieux connaître les multiples expressions de ce patrimoine, ici comme ailleurs. Impliquer les dépositaires de la tradition  dans un processus dynamique de sauvegarde exige donc de penser des politiques culturelles qui, depuis un enracinement local, rayonnent sur le global.

Devenu un marqueur identitaire puissant, le gwoka rassemble les Guadeloupéens par-delà les clivages sociaux, politiques, ethniques ou religieux. Cependant, envisager la reconnaissance du génie créateur des hommes et des femmes qui, pour résister, d’hier à aujourd’hui, ont dansé, ont makè, ont chanté, divise fortement. Aux côtés de la mémoire des ancêtres, c’est aussi la diversité des expressions contemporaines du gwoka qui viendrait enrichir le patrimoine culturel de l’humanité.

Ce projet d’inscription aura pour le moins le mérite d’avoir ouvert un débat public qui mobilise massivement la Guadeloupe. Des inquiétudes s’expriment et nombreuses sont celles qui reflètent une appréhension erronée de la notion de sauvegarde. Le fait que le gwoka soit une tradition d’une vitalité exemplaire n’est pas en contradiction avec le fait d’envisager des projets de sauvegarde spécifique construits de manière collective. Favoriser les qualités dynamiques d’une réflexion sur les problématiques et enjeux du gwoka aujourd’hui est une démarche respectable. Ces projets de sauvegarde doivent appuyer, conforter, encourager les porteurs de tradition dans leurs projets de valorisation et de transmission. Ils se nourrissent des initiatives spontanées qui témoignent de la vitalité incontestable du gwoka, ils répondent aux besoins identifiés par les porteurs de tradition, ils font en sorte que ces besoins soient davantage pris en compte dans les actions des collectivités. En outre, l’inscription sur la liste représentative du patrimoine de l’humanité provoque mécaniquement une meilleure visibilité sur la scène internationale. Pour autant, l’effet de levier que peut générer cette inscription ne peut être amplifié localement qu’au travers de l’implication de tous les acteurs de la sauvegarde : moun a gwoka, associations culturelles, collectivités.

D’autres inquiétudes témoignent d’une méconnaissance des actions entreprises par l’Unesco. Sans doute faut-il rappeler que l’Unesco est une organisation internationale qui œuvre pour la paix par la promotion du respect mutuel des peuples du monde. La convention pour la sauvegarde de patrimoine culturel immatériel de l’Unesco vise à faire connaître et à mettre en valeur la diversité des expressions culturelles mondiales dans le but de développer une meilleure compréhension des qualités communes de l’humanité. Aussi, il ne faut pas se méprendre. L’inscription du gwoka sur la liste représentative n’est pas un dépôt des pratiques et savoir-faire spécifiques du gwoka à l’Unesco. L’inscription n’entraîne aucunement un transfert de la propriété intellectuelle du gwoka de même qu’elle ne soumet aucunement les porteurs de tradition à suivre des directives pour faire vivre et transmettre leur patrimoine. Tout cela est totalement contraire à l’esprit de la convention et à l’Unesco.

L’inscription sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité induit la publication d’un texte de présentation générale du gwoka dans un ouvrage publié à des milliers d’exemplaires en français et en anglais et distribué dans le monde entier. L’inscription sur la liste représentative induit également la publication sur le site internet de l’Unesco d’un texte présentant le gwoka en français, en anglais et en espagnol accompagné d’un diaporama de photos et d’un document vidéo.

La liste représentative c’est aussi la diffusion de toutes ces informations dans le réseau mondial des écoles associées de l’Unesco, dans les musées, dans les archives, dans les universités, les bibliothèques, les instituts de recherche. Ces publications et informations sont en outre des outils de travail nécessaires non seulement pour les enseignants et les chercheurs, mais aussi pour les programmateurs et les organisateurs de festival de musiques traditionnelles et de world music.

Au-delà des contresens que suscitent la notion de sauvegarde et la méconnaissance des actions entreprises par l’Unesco, une autre question émerge de ces débats. Pour certains, il est en effet difficile d’accepter que le gwoka soit inscrit sur la liste représentative du patrimoine culturel français. Mais la question du statut politique de la Guadeloupe ne relève ni de l’Unesco ni de sa convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel. En outre, les cultures n’appartiennent pas aux états mais à celles et ceux qui les portent et les font vivre. Elles révèlent des communautés souveraines qui donnent à voir aux autres une image d’elles-mêmes. A travers ce projet d’inscription, il y a peut-être une occasion pour la Guadeloupe de se dire elle-même au reste du monde et ce, en tant que Guadeloupe. Et c’est là l’une des innovations de cette convention qui exige que ce soit les garants de la tradition eux-mêmes qui définissent leur patrimoine culturel. En cela, l’état est mis à distance à travers une distinction qui reconnaît comme relevant du patrimoine de l’humanité une expression culturelle identifiée et portée par sa communauté. Dès lors, c’est l’état qui se trouve être contraint par cette reconnaissance, au risque de se rendre coupable de crime contre l’humanité.

Une inscription au patrimoine de l’humanité donne à voir une perception de soi-même au-delà de l’horizon. De ce fait, elle interroge la façon de se penser, de penser le monde, de se penser dans le monde. Porter le génie créatif guadeloupéen sur la scène internationale peut apporter une contribution à la connaissance de l’Homme. Aussi, l’immatériel peut être envisagé comme une invitation au partage, une convocation à la diversité, à la recherche des voies par lesquelles on participe à la construction des contours du tout-monde.

Florabelle Spielmann
http://www.caraibcreolenews.com/template.php?bc=2396

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La République des constitutionnalistes. Professeurs de droit et légitimation de l’État en France (1870-1914)

De   Guillaume Sacriste  Maître de conférences en science politique à l’Université de Paris-I (Panthéon-Sorbonne) et chercheur au Centre européen de sociologie et de science politique de la Sorbonne.

Les cours constitutionnelles se sont affirmées comme les garantes des valeurs fondamentales de nos démocraties modernes, même en France où, malgré une tradition peu favorable à la justice constitutionnelle, le Conseil constitutionnel est parvenu à s’imposer comme un acteur politique central. L’un des protagonistes de cette montée en puissance, le constitutionnaliste lui-même, passe en général inaperçu.
Cet ouvrage retrace l’invention du constitutionnaliste, ce professeur de droit spécialiste des constitutions politiques qui apparaît en France à la fin du XIXe siècle en même temps que la République naissante. Il démontre combien ces professeurs ont joué un rôle crucial dans l’avènement du nouveau régime, dans sa consolidation et ses remises en cause, et analyse les tensions permanentes entre droit et politique émaillant la création du corpus constitutionnel au fondement juridique de notre système politique actuel.
Ce faisant, Guillaume Sacriste révèle un pan essentiel, et pourtant oublié, de l’histoire juridique et constitutionnelle de la France.

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ERASME figure centrale de l’humanisme politique

1- Formation d’un humaniste chrétien (1466-1504)
“Desiderius Erasmus Roterodamus” est probablement né en 1466 [1] des amours d’un prêtre et d’une fille de médecin. Enfant chétif et d’une sensibilité maladive, il endure difficilement des premières années d’études pieuses et disciplinaires. L’éveil de sa soif de connaissances coïncide avec son passage à l’école des frères de la Vie commune de Deventer (1478-1483). Ce lieu de l’humanisme hollandais naissant fournit à Erasme ses premiers contacts avec des textes de l’antiquité païenne.
Cette première période d’épanouissement relatif s’interrompt brutalement : les ravages de la pestes emportent en quelques mois ses parents. C’est contre sa volonté que ses tuteurs désireux de le voir poursuivre une vie religieuse le placent à l’école de Bois-le-Duc (1483-1486) puis auprès des chanoines augustins (1487-1492) de Steyn où il prononcera ses voeux (1488). S’il continue de subir avec une exaspération croissante les désagréments d’une existence ascétique rythmée par divers châtiments corporels ; il fait l’expérience de deux échappatoires fondamentaux qui lui permettent de desserrer l’étau de sa solitude : l’amour des grands auteurs païens et l’amitié.
L’imposante et éclectique bibliothèque de Steyn est un véritable trésor où Erasme vient puiser avec émerveillement les plus fins joyaux de l’antiquité païenne. Il dévore Térence Juvénal, Ovide, Cicéron, Virgile, Horace, mais aussi quelques auteurs modernes tels que Valla, Le Pogge, Phidelphe. De cette période date son aversion pour la scolastique trop étroite qui dédaigne tous ces auteurs païens qui donnent à Erasme le goût de la poésie, le sens du style, l’amour de la pensée fine et subtile.
L’amitié offre au jeune bâtard sevré d’amour depuis la disparition précoce de ses parents un objet rêvé dans lequel il peut déverser un trop plein d’affection trop longtemps contenu. Il découvre les joies de la correspondance où se mêlent le goût du badinage frivole et léger, les réflexions grâves, l’ivresse de l’épanchement et l’émerveillement du partage des passions communes. Ce plaisir de l’échange épistolaire le poursuivra toute sa vie [2].
Ordonné prêtre le 25 avril 1492 ; de bonnes recommendations lui permettent d’occuper le poste de secrétaire de l’évêque de Cambrai Henri de Berghes (1492-1494). Il met à profit ce court épisode de sa vie pour observer attentivement la vie dissolue et mesquine menée par la noblesse de cour. Parallèlement, il approfondit ses critiques à l’égard de la glose scolastique en se frottant à laDoctrine chrétienne de Saint-Augustin.
Sur le conseil de son entourage et grâce au consentement de son évêque, Erasme va suivre des cours de théologie à Paris en vue d’obtenir le doctorat (1495-1499). La première année passée au collège de Montaigu [3] est vécue dans l’accablement de ses retrouvailles moroses avec une vie monastique, des structures sclérosées et une insalubrité patente. Les quelques cours qu’il suit à la Sorbonne où règne en maîtresse despotique la puissance scolastique achèvent de nourrir sa critique des tares de l’enseignement universitaire.
Sa révolte contre la discipline et la souveraineté de la scolastique l’incite à gagner sa vie grâce au préceptorat. Ce choix de la liberté et de l’indépendance d’esprit lui fait rencontrer le poète Andrelini, le savant Robert Gaguin et le célèbre humaniste Lefèvre d’Etaples. Ses leçons de latin lui inspirent de profondes réflexions sur la nécessité d’une nouvelle pédagogie.
Si les années parisiennes voient germer dans l’esprit fertile d’Erasme une multitude de projets d’envergure, ce seront les mois passés en Angleterre (mai 1499-janv. 1500) qui s’avèreront décisifs. Invité par l’un de ses élèves (Lord Mountjoy) à Londres puis Oxford ; il est reçu dans un climat de chaleureuse confiance par les plus grands exegètes modernes avec qui il a des débats cordiaux et constructifs. Il se lie d’amitié avec Thomas More et avec l’illustre théologien Colet qui lui fait découvrir le platonisme de Marsile Ficin (une influence capitale pour l’évolution spirituelle d’Erasme).
Les longues années de la maturation sont achevées. A son retour à Paris, Erasme est un fruit mur dont le jus peut désormais se répendre généreusement sur le papier. En quelques années, Erasme fait d’audacieuses et victorieuses incursions en pédagogie (Adages 1500. Présentation de la culture antique aux élèves à travers des proverbes et citations commentés et replacés dans l’histoire de la pensée et de la langue), en philologie (Les Offices de Cicéron 1501), en politique (Panégyrique de Philippe-le-Beau 1504, éloge de l’archiduc où s’esquisse le portrait du prince idéal, c’est-à-dire pacifiste). Mais c’est en théologie avec son Manuel du soldat chrétien (1504) qu’Erasme devient une figure de proue de l’humanisme. L’exposé des préceptes pour vivre chrétiennement est un véritable bréviaire évangélique où se trouve célébré le retour à la bible et à ses sources. La jonction de la critique humaniste et de la théologie chrétienne est en marche et Erasme est son prophète.

2- Citoyen du monde (1504-1517) 
Sa notoriété nouvelle fait d’Erasme le point de convergence de toutes les solicitations des grands d’Europe. Mais Erasme défend rigoureusement ce qui constitue ses plus grandes richesses : l’indépendance d’esprit et la liberté de mouvement. Refusant de s’inféoder à une personne, un pays ou un mouvement, Erasme illustre brillamment l’humaniste chrétien qui se reconnaît pour seule patrie celle des belles lettres et de la foi chrétienne. Il se donne à tous mais n’appartient à personne. Aussi le voit-on parcourir une partie de l’Europe ; découvrant l’Italie (1406-1409), séjournant à plusieurs reprises au Pays-Bas (1504 et 1514-1517) et en Angleterre (1505-1506 et 1509-1514), revenant à l’occasion en France ou en Suisse.
Ce cheminement d’un homme libre est parsemé de rencontres enrichissantes et stimulantes : l’illustre imprimeur Alde Manuce, les érudits bizantins Aléandre, Musurus Ascaris, le cardinal Jean de Médicis (le futur pape Léon X) les humanistes et théologiens Jérôme Donato, Guillaume Budé, L. Vives, Mélanchthon… Toutes ses confrontations saines avec les plus grands esprits nourrissent prodigieusement sa pensée, l’obligent inlassablement à préciser et approfondir ses réflexions les plus délicates. Son style gagne en simplicité, en puissace persuasive. Ses activités sont multiples et ses projets aussi diversifiés qu’ambitieux. Les publications à succès de manuels scolaires, de traductions latines d’auteurs grecs, de réflexions théologiques se succèdent à un rythme effréné.
Cette période de productivité intellectuelle intense voit l’humanisme chrétien d’Erasme prendre sa forme définitive. Ce que les générations suivantes nommeront “Erasmisme” est illustré à travers trois oeuvres majeures incarnant les trois grands combats d’Erasme. Sa version latine du Nouveau testament et des oeuvres de Saint Jérome (1516) traduit son soucis d’un dépoussiérage de la théologie par le recours au plumeau philologique : l’étude des sources grecques et hébraïques afin de restituer le message chrétien débarrassées des impuretés scolastiques. Son Education du Prince (1516) adressée à Charles Quint développe son souhait d’un prince partisan de la paix et abreuvé de belles lettres antiques. Enfin, sa complainte de la paix persécutée (1517) caractérise son obsession d’une concorde universelle.
Paix, piété, belles lettres. Les trois traits majeurs de la pensée érasmienne fusionnent magistralement dans l’insolite Eloge à la Folie (1511) qui deviendra au fil des siècles l’oeuvre la plus connue. Revêtant astucieusement le masque du bouffon, Erasme prononce un féroce réquisitoire contre les abus de toute sorte et les déviations de l’Eglise. Derrière la farce se trouve énoncé avec vigueur une invitation à retrouver un christianisme authentique soucieux de paix et compatible avec l’esprit des grands auteurs de l’antiquité païenne.
Lorsqu’en 1517, il prend en main les destinées du collège des trois langues de Louvain (promotion du latin, grec, hébreux), Erasme est à son apogée [4] et rêve d’une Europe réconciliée avec elle-même. Les succès de ses oeuvres, efficacement diffusées par un puissant réseau “érasmien” depuis son centre névralgique de Bâle (l’imprimerie de son ami Forben) entretiennent cet espoir…

3- Dans la tourmente : Luther/Erasme (1517-1529)
Les tensions entre pays et les convulsions réformistes qui vont secouer grâvement toute l’Europe vont mettre à jour les difficultés de la position érasmienne de neutralité (par delà frontières et dogmatismes).
L’irruption du bouillant Luther est d’abord accueilli avec bienveillance par Erasme qui apprécie sa volonté de retour au texte et le rejet de la glose scolastique. Mais il note avec effroi les excès du personnage, sa fougue qui le pousse au rejet de la hiérarchie ecclésiastique et à la rupture totale avec l’Eglise romaine. Erasme, l’éveilleur des consciences et le promoteur de la paix n’est pas révolté et renacle terriblement devant la perspective du schisme. Il abhorre tout ce qui divise et sépare les hommes, tout ce qui favorise les discordes et sème le trouble dans les esprits. Mais il ne condamne pas Luther, craignant d’être récupéré à son insu par cette Eglise romaine dont il a toujours critiqué les déviances. Aussi use-t’il de toute sa science de la dérobade courtoise au cours des correspondances avec les principales figures du réformisme (dont Luther dès 1519) et du catholicisme qui le somment de sortir de sa réserve. Puis cette position devient impossible. Les catholiques lui reprochent d’avoir permis le réformisme, d’être celui qui a pondu l’oeuf que Luther a couvé. Les protestants considèrent son refus de s’engager comme une preuve de son obédience à la hiérarchie romaine. Exaspéré par les fuites d’Erasme, Luther se fourvoie dans des attaques provocatrices. Erasme réagit. Après avoir gravité sur les hauteurs éthérées de la controverse théologique savante, le débat s’envenime. Le poison de la polémique irrigue le cerveau érasmien, paralyse ses fonctions de modération, de sagesse. Humain trop humain : l’écume aux lèvres de l’imprécateurLuther contamine Erasme et les deux combattants s’étripent, trahissant leurs penchants néfastes : susceptibilité, jalousie, “mauvaise foi” (sans jeu de mots !), sous-entendus sournois, hypocrisie voire menaces de représailles. Le choc des esprits a tourné au choc des caractères.
Les années 1524 et 1525 figent les positions et révèlent toute l’ambiguïté du rapport Humanisme/Réforme. Au Libre-Arbitre (1524) d’Erasme a répondu le serf arbitre (1525) de Luther. Ces deux oeuvres permettent de dresser l’inventaire des désaccords fondamentaux sur la notion de liberté de l’homme par rapport à Dieu, sur les hiérarchies romaines et la tradition, sur les questions de la grâce et du mérite. Les accords sur les déviances de Rome, l’exégèse moderne, le nécessaire ressourcement de la piété ne suffisent pas à fondre les deux grands mouvements de la Renaissance en un seul.
La propagation triomphale de la Réforme sonne le glas du beau rêve érasmien de l’unité spirituelle de l’Europe. Sur un autre front, celui du pascifisme, Erasme connait également l’échec. SesParaphrases (1522-1523) adressées aux quatre grands (Charles QuintFrançois IerHenri VIII et Ferdinand d’Autriche et susceptibles de contrarier par le rappel du message évangélique leurs penchants hégémoniques et belliqueux ne suffisent pas à empêcher les conflits. Dans la tourmente, Erasme érige de véritables forteresses pour protéger ses oeuvres et son crédo chrétien et humaniste des agressions réformistes et des fureurs des zélateurs du catholicisme romain. Sa correspondance n’est quasiment plus que controverses avec le Français Lefèvre d’Etaples, l’Anglais Lee, l’Espagnol Stuniga ou l’Italien Alberto Pio.
Cramponné à son idéal qui est toute sa vie, Erasme continue en dépit de sa lassitude et de ses désillusions à oeuvrer pour la fusion des belles lettres et du message évangélique : les succès et admirations que suscitent les Antibarbares (1520), les Colloques (1522) ou le Cicéronien (1528) mettent du baume sur ses plaies.
En 1529, lorsqu’il fuit Bâle -devenue trop réformiste- pour Fribourg, Erasme aspire au repos.

4- Le retrait du monde
Cette constitution physique si faible dont Erasme a hérité à la naissance le torture désormais : ses dernières années le voient survivre par l’esprit et agoniser par le corps (dysenterie, gravelle).
Ce combattant de l’esprit trouve encore la force d’abattre un gigantesque travail. Les titres résument la cohérence d’Erasme et son inoxydable fidélité à son idéal malgré les vicissitudes et les tempêtes : La souhaitable concorde dans l’Eglise (1533, expression la plus réussie de l’oecuménisme érasmien), l’Education des enfants (1530), Justification contre les erreurs de Martin Luther(1534).
Un ultime refus (la pourpre de cardinal que lui propose le nouveau pape Paul III) rappelle au monde sa dignité d’homme libre entravé par aucune soumission.
Erasme meurt à Bâle dans la nuit du 11 au 12 juillet 1536. En invoquant Dieu. Dans la sérénité.

 

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L’exégèse de Jean Calvin, Actualité et spiritualité

L’exégèse de Jean Calvin, Actualité et spiritualité

Donald COBB*

Avant toute autre chose, Jean Calvin fut un homme de la Bible. Si, de nos jours, le Français moyen le connaît – éventuellement ! – comme un des réformateurs du XVIe siècle ou comme le grand protagoniste de la « double prédestination », il faut pourtant souligner que l’œuvre de Calvin est, en très grande partie, celle d’un exégète, c’est-à-dire d’un interprète de l’Ecriture. Cela se voit déjà dans ses activités à Genève: à partir de 1549, Calvin prêchait deux fois tous les dimanches et, une semaine sur deux, encore cinq fois dans la semaine[1]. En plus des prédications, il enseignait trois fois par semaine, en moyenne, à l’Académie[2]. L’importance accordée à l’explication de la Parole se voit clairement, par ailleurs, dans les commentaires : Calvin a commenté pratiquement tous les livres du Nouveau Testament et environ les deux tiers des livres de l’Ancien – ce qui est assez exceptionnel, non seulement au XVIe siècle, mais à toute époque de l’histoire de l’Eglise[3].

Jean Calvin fut donc un commentateur de l’Ecriture, commentateur qui est encore écouté de nos jours. L’éloge de K. Barth, dans la préface de son commentaire de l’épître aux Romains, mérite d’être cité :

« Avec quelle énergie [Calvin] se met-il à l’œuvre, afin de re-penser son texte après avoir constaté, lui aussi, scrupuleusement ‹ce qui s’y trouve›, autrement dit, afin d’être aux prises avec lui jusqu’à ce que le mur entre le Ier et le XVIe siècle devienne transparent, jusqu’à ce que, là-bas, l’apôtre Paul parle et qu’ici l’homme du XVIe siècle entende, jusqu’à ce que l’entretien entre le document et le lecteur soit entièrement concentré sur l’objet (qui, ici et là-bas, ne peut pas être différent !)[4]. »

L’appréciation est sans doute excessive. Elle illustre néanmoins bien l’attachement de Calvin à l’Ecriture et l’importance qu’il accordait à la tâche de l’exégète : montrer comment cette Ecriture s’adresse à l’Eglise, non seulement à celle du Ier siècle, mais encore à l’Eglise d’aujourd’hui. Or, quelle est précisément la méthode exégétique de Calvin? Quels en sont les fondements et les visées ? Au-delà de ces interrogations qui pourraient n’être que d’un intérêt historique, de quelle façon pouvons-nous parler de l’actualité d’une exégèse vieille de pratiquement cinq cents ans? Que peut-elle nous montrer sur le plan de la spiritualité ? C’est à ces questions que nous voulons chercher quelques réponses dans le présent article.

I. Les fondements et les influences

A) Le point de départ de l’exégèse de Calvin

Au départ de l’exégèse calvinienne se trouve une conviction décisive : l’auteur de l’Ecriture n’est autre que Dieu lui-même. Il en est l’auctor et c’est ce fait qui confère au Nouveau, comme aussi à l’Ancien Testament, leur auctoris, leur autorité. Pour Calvin, l’Ecriture sainte donne une vraie connaissance de Dieu, car c’est comme si ce dernier y parlait « de sa propre bouche » et s’offrait à nous. L’Ecriture a donc le rôle de « registres authentiques » de Dieu pour que la vérité divine ne tombe pas dans l’oubli.

Pour autant, Calvin ne perd pas de vue la réalité humaine des auteurs bibliques. Même s’il insiste moins là-dessus que ne le feront les exégètes des siècles suivants, les écrivains humains de la Bible sont loin d’être de simples instruments passifs dans la main de la divinité ; leur personnalité y est mise en jeu et c’est aussi eux-mêmes qui pensent, qui argumentent, qui écrivent, à partir de leur situation et selon leur compréhension. En d’autres termes, la Bible, tout en étant Parole de Dieu, est en même temps un livre d’hommes. Cela ne se voit peut-être nulle part plus clairement que dans le commentaire de Calvin sur le Psautier : en effet, dit-il, nous voyons les psalmistes assaillis de doutes, de difficultés, mais aussi amenés, dans leur ébranlement et leur faiblesse mêmes, à crier à Dieu. C’est même grâce à cette humanité réelle des auteurs que le livre des Psaumes « […] nous apporte un bien qui est souhaitable sur tous autres », à savoir qu’il montre que « […] non seulement nous avons accès familier à Dieu, mais aussi qu’il nous est permis et libre de déployer devant Dieu nos infirmités, lesquelles nous avons honte de déclarer devant les hommes. »

B) Une attitude d’écoute

De ce double point de départ, il découle une attitude qui sera fondamentale pour toute l’exégèse calvinienne : l’Ecriture en tant que Parole de Dieu doit recevoir toute notre attention, car c’est uniquement dans un esprit de soumission que nous pouvons recevoir la révélation que Dieu nous donne de lui-même[9]. En même temps, en tant que paroles d’hommes, cette Ecriture doit se comprendre d’après son sens grammatical, selon la pensée de l’auteur humain et dans les situations précises où elle a pris forme. Si nous devions résumer en une phrase le principe fondamental de cette exégèse, nous pourrions dire qu’elle consiste en l’écoute attentive de la Parole.

Le réformateur explique sa méthodologie dans un des seuls endroits où il en parle explicitement, à savoir la préface de son commentaire de l’épître aux Romains qui date, pour la version française, de 1539. Cette préface, qui est doublement intéressante puisque c’est aussi le premier commentaire biblique de Calvin, publié alors qu’il avait tout juste 30 ans, précise que l’« office » – c’est-à-dire la tâche ou la responsabilité – du commentateur se ramène, finalement, à un seul objectif : « découvrir l’intention de l’auteur qu’il a entrepris d’exposer ». En allant au-delà de cet objectif, l’exégète sort des limites propres à sa tâche: « […] Dans la mesure où il mène les lecteurs hors de [l’intention de l’auteur], dans cette mesure il s’éloigne de son but ou du moins extravague quelque peu hors de ses limites. »C’est pour cette raison que le reproche que l’on rencontre le plus souvent dans les commentaires est que l’exégèse d’un tel ne rend pas compte de la pensée de l’auteur bibliqu

. Citons quelques exemples, tirés du commentaire de l’épître aux Romains :

– Sur Romains 4.21 : « Erasme a traduit ceci autrement […] et je m’ébahis pourquoi; car bien que le sens ne change en rien pour cela, toutefois, il me semble bon d’approcher le plus qu’on peut des mots de Paul. »

– Sur Romains 8.3 : « Le mot et a été cause qu’Erasme s’est abusé et a pensé qu’il fallait suppléer le verbe l’a fait […]. Toutefois, j’ai suivi ce qui me semblait être du sens naturel de S. Paul. »

– Sur Romains 8.19 : « J’ai retenu les propres mots de S. Paul parce que la traduction d’Erasme, à savoir ‹jusqu’à ce que les enfants de Dieu soient manifestés› m’a semblé être par trop hardie, sans toutefois exprimer suffisamment l’intention de l’apôtre. »

On le voit, c’est souvent Erasme – exégète très coté à l’époque – qui est pris à partie dans les commentaires. Mais ce n’est pas le seul. Nous pouvons aussi mentionner Augustin, que Calvin affectionne pourtant pour ses positions doctrinales. C’est ainsi que nous lisons, sur Romains 5.5 :« [Paul] dit en outre que cet ‹Esprit nous a été donné›, c’est-à-dire conféré par la bonté gratuite de Dieu et non pas attribué pour nos mérites, comme S. Augustin l’a fort bien observé. Toutefois, ce dernier s’abuse en l’exposition de ces mots l’‹amour de Dieu›. […] Il est vrai que c’est une sentence sainte et bonne, mais elle ne convient pas à l’intention de S. Paul […]

. »

Ces quelques citations le montrent bien: la responsabilité de l’exégète est de rendre compte de ce que dit l’Ecriture, de l’intention de son auteur humain – qui est aussi l’intention de l’Esprit qui l’a inspiré. Cette façon d’aborder le texte biblique peut paraître évidente à nos yeux. L’exégèse, du moins l’exégèse évangélique, se veut une retranscription fidèle de ce qui se trouve dans le texte biblique. Or, si cela va plus ou moins de soi, c’est dire en réalité à quel point l’influence de Calvin nous a marqués, nous qui nous situons, d’une façon ou d’une autre, dans le sillage de la Réforme. Il faut pourtant savoir qu’au XVIe siècle une telle perspective n’allait pas de soi, comme le montre l’engouement à cette époque pour l’exégèse allégorique de la Bible, point sur lequel nous devrons revenir.

C) Calvin en dialogue avec ses contemporains et prédécesseurs

Quelles sont les influences de Calvin ? Il n’est pas toujours facile de les démêler dans les commentaires, car Calvin ne cite pas souvent les sources secondaires qu’il utilise, du fait justement que la tâche de l’exégète est avant tout de laisser parler l’Ecriture et de rendre compte de ce qu’elle dit. Lorsqu’il le fait, c’est le plus souvent par crainte que, en passant telle ou telle position sous silence, le lecteur en soit troublé. Comme il le dit dans sa préface au commentaire des Psaumes : « […] afin de m’éloigner tant plus de toute ostentation, je me suis abstenu le plus souvent de réfuter les autres. […] Je n’ai jamais touché les opinions contraires, sinon là où il était à craindre qu’en me taisant, je laisse les lecteurs en suspens. »

Pourtant, Calvin connaissait, lisait et utilisait les ouvrages exégétiques disponibles à l’époque. Dans la préface du commentaire des Romains, il mentionne nommément ceux de Ph. Melanchthon, de H. Bullinger et de M. Bucer, des contemporains, fers de lance comme lui de la Réforme. Nous l’avons déjà vu, les commentaires sont aussi en dialogue régulier avec Erasme. Plus important encore, il y a les Pères de l’Eglise. Comme le souligne O. Millet, le réformateur de Genève – plus que ses contemporains protestants – a une connaissance étendue des théologiens des premiers siècles de l’Eglise. Cela se voit dans son Institution de la religion chrétienne, qui regorge de références à Augustin, à Jérôme, à Bernard de Clairvaux, comme aussi à Thomas d’Aquin et à Pierre Lombard. Mais cet apport des docteurs anciens n’est pas moins présent dans les commentaires, même s’il est plus discret. Jean Chrysostome, en particulier, a exercé une grande influence sur la méthode exégétique de Calvin, en raison de la sobriété de ses commentaires.

Cette brève énumération permet de relever un fait important: le réformateur de Genève ne néglige pas ce que les autres, avant lui ou à son époque, ont compris de la Parole. En ce sens-là, Calvin n’a rien d’un iconoclaste. Il sait que l’interprétation de la Parole ne se réinvente pas à chaque génération. L’exégèse se fait en dialogue avec ses frères et pères spirituels, qu’ils soient ou non de son bord théologique. Pourtant, on constate aussi une réelle indépendance. Cela se voit au niveau de l’enseignement doctrinal dans les grandes lignes comme aussi sur des détails parfois très précis. Un exemple – mais il y en a beaucoup – se trouve dans le commentaire sur Colossiens 2.14« Les commentateurs interprètent ce passage de diverses manières, mais il n’y en a pas un qui me satisfasse. Les uns pensent que S. Paul parle simplement de la Loi morale : mais il s’abusent […]. Erasme, dans sa traduction, a embrouillé le fil du texte […]. Retenez donc l’explication que j’ai donnée, car c’est la vraie et naturelle »

On le voit, Calvin n’hésite pas, lorsqu’il l’estime nécessaire, à proposer une interprétation qui va à l’encontre de toute la tradition exégétique avant lui. Comment expliquer l’apparente opposition entre cette grande indépendance et, dans le même temps, l’influence constante de ses contemporains et devanciers ? La solution réside simplement dans le fait que Calvin ne cherche, en matière d’exégèse, ni le conservatisme ni l’innovation. Le désir de reprendre ce que d’autres ont dit de juste, comme aussi le besoin de s’en démarquer par moments, procède l’un et l’autre du fait que Calvin veut être sûr d’entendre ce que Dieu dit dans sa Parole. L’apport des autres est un moyen – mais ce n’est qu’un moyen – de mieux s’approcher du sens de l’Ecriture.

Notons que Calvin, à ce niveau, reste réaliste : il reconnaît que, dans l’histoire présente, l’accord parfait entre exégètes n’existera pas. Le « conflit des interprétations » demeurera une constante jusqu’au retour du Christ. Cela ne doit pourtant pas être un prétexte pour faire dire à la Bible ce que l’on veut. Au contraire, dit-il, les différences d’interprétation sont là comme une exigence à se mettre davantage encore à l’écoute de l’Ecriture. Des divergences sont donc permises, voire, dans certains cas, nécessaires, mais le but reste toujours de saisir ce que dit le texte, de s’enraciner davantage dans la vérité de la Parole.

II. La méthode et les objectifs de l’exégèse calvinienne

On entend dire parfois qu’il y aurait en quelque sorte deux Calvin, le systématicien froid et rigoriste de l’Institution chrétienne et le Calvin des commentaires, beaucoup plus humain, chaleureux et pastoral. Cette différence se confirme-t-elle d’après les textes ? Si oui, que peut-elle nous montrer de la méthode exégétique du réformateur ? En réalité, pour être tout à fait complet, il faut reconnaître qu’il y a, non pas deux, mais bientrois Calvin ! Le dogmaticien et le commentateur biblique, mais aussi le prédicateur. En effet, si les commentaires présentent une autre facette de Calvin que l’Institution chrétienne, les prédications laissent découvrir un autre aspect encore. Quel est le rapport entre ces trois « faces » du théologien de Genève ?

A. Un lien triple

En fait, s’il y a une différence sensible entre les trois choses, c’est que l’une et les autres remplissent des fonctions, et répondent à des besoins différents. Dès le début de son activité, Calvin fait une distinction entre son activité d’exégète et son œuvre de dogmaticien: un livre doctrinal comme l’Institution chrétienne doit permettre au lecteur d’appréhender l’enseignement global de l’Ecriture, de percevoir les lignes de forces et les idées maîtresses. Les commentaires, quant à eux, visent à dégager, de la façon la plus succincte possible, le sens du texte sacré.

Nous arrivons ici à un des traits les plus caractéristiques des commentaires de Calvin. Revenons à la préface du commentaire des Romains : «  […] La principale qualité d’un expositeur consiste en une brièveté facile et qui ne comporte point d’obscurité. » C’est le célèbre principe de brevitas et facilitas, qui traverse toute l’œuvre exégétique de Calvin. Non pas que la brièveté soit une qualité à maintenir à tout prix; il y a des passages de l’Ecriture qui posent problème et Calvin n’hésite pas à faire des développements plus approfondis pour en démêler les difficultés. Mais, sans tomber dans le piège des explications partielles, la tâche de l’exégèse est de dire, le plus limpidement possible, le fait biblique. Pour Calvin, l’explication de l’Ecriture, c’est bien cela: ce n’est pas le lieu d’entrer dans des considérations doctrinales ou historiques interminables, qui éloigneraient le lecteur du texte lui-même. On perçoit dans cette démarche un grand souci pédagogique. De fait – et les moutures successives de l’introduction à l’Institution chrétienne le montrent bien – un des objectifs du manuel de théologie est justement d’alléger le plus possible les commentaires pour que ceux-ci puissent s’en tenir à l’essentiel.

Il y a là une différence de taille entre Calvin et bon nombre de ses contemporains. Prenons comme exemple le commentaire de Martin Luther sur Galates 3.1-5. En nous penchant sur l’exégèse du réformateur allemand, nous constatons que ce dernier profite du texte biblique pour développer, sur une trentaine de pages :

– l’importance de faire des reproches à ceux qui en ont besoin ;

– l’existence simultanée, en l’homme régénéré, de l’œuvre de l’Esprit et du péché ;

– le caractère répréhensible de la sorcellerie (y compris celle, dissimulée, des anabaptistes !) ;

– le fait que les papistes « crucifient à nouveau » Jésus-Christ, notamment dans les ordres monastiques ;

– la différence entre la justification par la foi et par les œuvres ;

– le message du livre des Actes des Apôtres ;

– la réaction de l’Eglise de Rome et des anabaptistes au message de Luther…

– et ainsi de suite !

En comparaison, Calvin traite en quatre pages le même passage, cherchant simplement à dégager le sens du texte.

Cette spécificité de la démarche exégétique du réformateur de Genèse permet aussi de comprendre la différence entre les commentaires et les prédications. Autant les commentaires se restreignent, dans l’ensemble, à exposer l’Ecriture, autant les prédications visent à appliquer le sens que l’exégèse a éclairé. A ce niveau, on voit une réelle différence entre les deux; la prédication chez Calvin n’est pas simplement l’exégèse redite. Cela se remarque déjà en termes de longueur; dans l’Opera calvini, le commentaire des Galates fait 105 pages[31]. En revanche, les quarante-trois prédications que Calvin a données sur cette même épître à partir de 1557 représentent, dans le même tome, plus de 550 pages ![32] La différence ne réside pas uniquement en la longueur; les prédications, beaucoup plus que les commentaires, sont axées sur l’édification, l’exhortation et l’affermissement dans la foi. C’est en fait surtout ici, dans la prédication, que Calvin cherche à développer le lien avec la vie de l’Eglise.

Faisons, à ce sujet, une parenthèse: contrairement à Luther, dont les écrits exégétiques sont émaillés d’invectives contre la papauté, cet aspect de la situation du XVIe siècle prend relativement peu de place dans les commentaires. On peut s’en étonner lorsqu’on se rappelle que Calvin s’est fait une réputation, entre autres, de polémiste hors pair. Bien sûr, il s’en prend dans son exégèse à des interprétations du Moyen Age ou de son époque et, plus d’une fois, aux abus de l’Eglise de Rome. Mais, dans l’ensemble, les commentaires bibliques restent centrés sur le texte.

Loin de poser une opposition entre Calvin dogmaticien et Calvin commentateur – ou encore Calvin prédicateur –, il faut donc y voir des approches complémentaires permettant de saisir le message de l’Ecriture et de vivre en chrétiens. Certes, les trois choses sont, sinon cloisonnées, du moins distinguées. Cependant, il ne s’agit pas, dans l’esprit de Calvin, de les isoler l’une des autres mais d’opérer une certaine délimitation pour que chaque facette puisse être approfondie de la façon la plus limpide possible, en évitant tout encombrement inutile.

III. La spiritualité dans les commentaires de Calvin

Du fait, justement, que l’exégèse ne se confond pas avec la prédication, nous pouvons éprouver une certaine difficulté à aller très loin dans la question de la spiritualité de l’exégèse calvinienne. Ce n’est pas que les commentaires soient arides ou desséchants. Mais, d’une certaine façon, la spiritualité y est « médiate » ; elle est surtout donnée au travers du sens du texte, avec ses spécificités grammaticales et son contexte historique. Cette approche qui consiste, non pas à piller le texte pour y dérober une application à tout prix, mais à le serrer du plus près possible pour savoir d’abord ce qu’il voulait dire pour ceux qui l’entendaient pour la première fois, a des implications importantes pour la spiritualité.

Là encore, Calvin opère une rupture par rapport aux méthodes exégétiques de l’époque. Il faut savoir qu’au XVIe siècle, l’exégèse allégorique de l’Ecriture régnait plus ou moins en maîtresse incontestée[33]. Si pour Thomas d’Aquin, qui donna à cette approche sa définition classique[34], le sens allégorique ne pouvait pas être en conflit avec le sens littéral et devait même en découler directement, à l’époque de Calvin la lecture allégorique faisait régulièrement fi du sens littéral avec tout ce qu’il avait de situé, et de la pensée de l’auteur biblique lui-même (étonnamment, Lefèvre d’Etaples, qui semble avoir influencé le jeune Calvin, était un grand protagoniste de l’approche allégorique, ainsi comprise)[35]. Or, pour Calvin, le vrai sens de l’Ecriture est « naïf » – c’est-à-dire qu’il découle naturellement du texte – et il est simplex, en ce sens où il n’est pas multiple, ayant plusieurs « couches », qui pourraient être en conflit les unes avec les autres ou s’annuler les unes les autres.

Cette remarque n’est pas sans rapport avec la spiritualité de l’exégèse calvinienne, car dans la lecture allégorique, telle que pouvait la pratiquer un Lefèvre d’Etaples, la personne et les circonstances de l’auteur biblique – David dans les Psaumes, par exemple – n’ont aucun intérêt en soi. L’important, c’est la façon dont ce que ce dernier a écrit renvoie plus loin, au Christ et à notre édification. Le texte et celui qui l’a composé sont un simple tremplin pour aller vers un « ailleurs » qui nous est plus proche et plus important. T.H.L. Parker souligne qu’une des différences entre Calvin et Erasme, friand lui aussi de l’exégèse allégorique, est qu’Erasme n’aurait jamais prêché quotidiennement, comme l’a fait Calvin, durant pratiquement une année, sur le Deutéronome ou une année et demie sur la Genèse. L’intérêt de ces textes n’aurait été que ce qu’ils peuvent montrer, de façon métaphorique, du Christ. Ceci étant, pourquoi ne pas aller directement à la source, au Nouveau Testament ? Pour Calvin, par contre, l’histoire biblique est importante d’abord comme le lieu où Dieu agit, où il se révèle et se fait connaître.

En somme – et ceci est fondamental –, il s’agit dans l’exégèse calvinienne, non pas de pénétrer derrière le sens évident de l’Ecriture pour accéder à une signification spirituelle, cachée, qui seule nous concerne, mais de comprendre ce que le texte dit vraiment, dans la situation où elle a été entendue pour la première fois et où elle a édifié, réconforté et encouragé ceux qui l’ont entendue. La raison en est simple : l’Esprit, qui est aujourd’hui accordé aux croyants, est le même qui a inspiré la Parole dans les situations précises où elle fut donnée. On ne peut comprendre ce que l’Esprit veut nous dire aujourd’hui qu’en cherchant à comprendre ce qu’il disait, ce qu’il voulait faire comprendre à ce moment-là[38].

Pour autant, il ne faudrait pas conclure que les commentaires de Calvin seraient dénués d’applications pratiques. Calvin sait établir le lien entre l’époque biblique et le XVIe siècle – mais il le fait, le plus souvent, en rapport avec le texte dans sa situation première. Ainsi, dans son explication des effets du ministère de Paul, en Galates 3.2, il dit : « C’est pourquoi, que ceux qui voudront s’acquitter du ministère de l’Evangile ainsi qu’il appartient, apprennent non seulement à parler et à haranguer, mais aussi à pénétrer jusqu’au dedans des consciences, afin qu’elles sentent en elles Christ crucifié, et que son sang goutte en elles[39]. » Autre exemple: lorsque le Psaume premier affirme que « les méchants ne résistent pas au jour du jugement » (Ps 1.5), Calvin commente, avec beaucoup de perspicacité, qu’il y a dans ces paroles « […] une sorte de concession: comme si le prophète avouait tacitement que les méchants vivent effectivement dans le plaisir et connaissent la réussite, alors que les choses sont confuses dans le monde […] mais que les choses ne seront pas toujours ainsi confuses[40]. » De la sorte, « […] il faut élever les yeux plus haut, si nous désirons voir le conseil des justes dont il est ici fait mention[41]. » Et l’on pourrait multiplier les exemples. C’est d’ailleurs dans ce domaine que l’on voit la plus grande évolution dans les commentaires. Ce genre d’application pratique, assez rare au début, va croissant au fur et à mesure que le réformateur prend de l’expérience en tant que pasteur et homme de terrain[42].

En somme, l’Ecriture n’est pas, pour Calvin, une sorte de livre magique qui nous édifierait en dehors de son contenu, compris dans son contexte. En même temps – et il faut le souligner – il n’y a pas davantage chez lui d’opposition entre exégèse (lecture « scientifique ») et lecture « personnelle » de l’Ecriture. Certes, il y a une distinction entre les deux. Mais la lecture qui nourrit s’appuie toujours sur une exégèse sérieuse. De même, l’exégèse « scientifique » n’existe pas pour elle-même, elle est au service de l’Eglise et de son édification.

Conclusion. L’exégèse de Calvin : quelle actualité ? quelle spiritualité ?

Calvin reste un homme de son époque. Son exégèse en porte nécessairement les marques, ainsi que les limitations. Au niveau des précisions géographiques et linguistiques en particulier, il y a souvent des erreurs de détail. De même, l’exégèse moderne est beaucoup plus attentive que ne l’a été le réformateur au mouvement global des livres bibliques: on a parfois l’impression, dans les commentaires, que les arbres cachent la forêt, que le développement de l’ensemble n’est pas toujours clairement perçu. Il serait encore possible de souligner que l’exégèse calvinienne reste relativement peu sensible à la façon dont la forme du texte – les questions de style ou de genre – permet d’en saisir et de mieux en circonscrire le fond. L’actualité de la démarche du réformateur ne se trouve pas nécessairement sur ce plan-là. En même temps, il faut se garder des comparaisons trop rapides ; juger l’exégèse calvinienne selon les critères et les avancées de la science exégétique moderne nous ferait forcément tomber dans l’anachronisme.

Plus globalement, il y a aussi des passages où nous pourrions avoir la conviction que Calvin n’a pas saisi l’essentiel. Certaines de ses explications sont forcées ou peu fondées; en cela d’ailleurs, Calvin est en bonne compagnie, puisque des explications forcées ou peu convaincantes, nous en trouvons autant – et souvent davantage – chez bon nombre d’exégètes plus récents ! Cela étant dit, il ne faut pas non plus exagérer ces faiblesses. Ce qui est frappant, c’est de voir à quel point les commentaires, pourtant vieux de pratiquement cinq siècles, restent solides dans l’ensemble et font preuve de bon sens et de sensibilité exégétiques. L’interprète moderne ou simplement le croyant désireux de mieux comprendre l’Ecriture, qui se donne la peine de faire le détour par ces commentaires, trouvera souvent des observations perspicaces, des perspectives qui stimulent et édifient.

Peut-être la chose la plus importante que l’exégèse de Calvin nous apprend est-elle cette attitude d’écoute sérieuse envers l’Ecriture comme Parole de Dieu qui est aussi entrée dans l’histoire, et par rapport à laquelle nous avons à tout mettre en œuvre afin de comprendre ce qu’elle a dit et, par conséquent, ce qu’elle nous dit, aujourd’hui encore.

Dans son testament, rédigé en avril 1564, environ quatre semaines avant sa disparition, Calvin écrivit ceci : « Je déclare […] avoir essayé, selon la mesure de grâce qu’il m’avait donnée, d’enseigner purement sa parole tant en sermons que par écrit, d’exposer fidèlement l’Ecriture sainte. Pareillement, dans toutes les disputes qui m’ont opposé aux ennemis de la vérité, je n’ai point usé de ruse ou de mauvaise foi. Au contraire, j’ai procédé entièrement à soutenir sa Parole[43]. » Dans quelle mesure ces mots ne souffriraient-ils d’aucune exception ? Nul ne le sait. Toujours est-il que nous avons là, certainement, une clé importante pour discerner la démarche et la spiritualité de l’exégèse calvinienne, comme aussi un rappel de ce qui doit caractériser notre démarche à nous aussi, chrétiens du XXIe siècle, vis-à-vis de la Parole de Dieu.


* D. Cobb est professeur de Nouveau Testament à la Faculté libre de théologie réformée d’Aix-en-Provence.

Quelques précisions :

La théologie de Calvin

Calvin n’est pas un théologien systématique. Il a étudié le droit et s’est plongé dans la science sacrée sur le tard, lors de sa conversion. Il est par contre pleinement un commentateur de la Bible. Ceci explique pourquoi il est difficile d’isoler dans ses écrits des principes directeurs forts sur lesquels il aura construit une doctrine. “Ce qui constitue les points centraux de cette théologie demeure par conséquent un sujet très débattu“.

Par ailleurs, dès la mort de Calvin, à la grande époque de la fixation des courants de pensée réformateurs, la théologie calvinienne a été vue comme une alternative ou une option différente de la luthérienne. De nombreux commentateurs ont donc systématiquement surévalué les différences que les deux présentent, et omis ce qui les rapproche.

La double prédestination

Calvin est le tenant emblématique de la théorie de la «?double prédestination?», lié à la notion augustinienne de sola gratia, le salut par la seule grâce de Dieu. Selon la double prédestination, Dieu, dans sa toute-puissance, prédestine certains hommes au salut et d’autres à la perdition, prononçant de toute éternité un jugement sur la foi qui aura ou n’aura pas été la leur, et les œuvres qui en découlent. Cette idée n’est pas, comme telle, première chez Calvin, qui la considère sous l’angle presque juridique du droit absolu que le créateur a envers ses créatures et fonde sur elle une exigence de vénération envers Dieu. Cependant, face au catholicisme et à d’autres communautés protestantes ou réformées, cette idée de la double prédestination est ce qui caractérise le calvinisme.

L’idée de majesté divine ineffable

Un point central de la pensée calvinienne est ainsi que les attributs de Dieu dépassent tout ce que l’entendement humain peut percevoir et comprendre. Calvin ne cesse de montrer les faiblesses des hommes face à la toute puissance divine. Il expose bien que la plus grande intelligence consacrée à la connaissance de Dieu et la plus grande foi destinée tout entière à son adoration ne pourront jamais lui rendre dignement hommage. “Pourrions-nous faire plus grand déshonneur à Dieu, que de vouloir inclure sa puissance à nos sens ? C’est plus que si un homme voulait clore et la mer et la terre en son poing, ou la tenir entre deux doigts, c’est une rage plus excessive.” (Sermon sur Job 26)

Le Christ, centre d’une communauté mystique

En vis-à-vis de cette idée d’un Dieu inaccessible, Calvin pose comme deuxième point central l’invitation de la figure de Jésus Christ à participer à une communion mystique. Cette idée donne la possibilité aux fidèles d’une réalité du salut dans la symbiose symbolique avec le rédempteur. Jésus devient ainsi un médiateur, avec lequel il faut s’unir spirituellement pour atteindre le salut de son âme. La foi est conçue comme une communauté d’esprit avec le Christ, sous l’action du Saint-Esprit. Dans son Institution de la religion chrétienne, la deuxième moitié de l’ouvrage est ainsi entièrement consacrée à ses questions. Cette “communauté mystique” n’est pas l’Église au sens où l’entendent catholiques et orthodoxes, à savoir l’Épouse du Christ, une, sainte, catholique (universelle, plénière) et apostolique.

La confiance en Dieu

Alors que les deux premiers aspects de la pensée de Calvin ne sont pas très éloignés de ceux de Luther, un troisième le distingue davantage du moine de Wittenberg. Il s’agit de la volonté farouche d’une confiance absolue dans la miséricorde divine. Autant Luther craint en permanence le courroux divin et cherche les moyens de se rendre juste face à Dieu et d’atteindre la grâce, autant Calvin accepte sereinement les aléas du monde et ne cherche pas dans le monde tangible des signes de la bienveillance divine. Pour lui, et cela se retrouve dans nombre de sermons et d’écrits, l’attente des bienfaits de la justice divine ne doit pas accaparer l’attention des chrétiens, mais bien davantage leur volonté permanente d’être simplement juste envers Dieu et leur prochain.

Principaux ouvrages

Calvin a laissé un grand nombre d’ouvrages, écrits en français et remarqués pour leur style.

 L’Institution de la religion chrétienne, 1535, dont il a donné lui-même plusieurs éditions. Originellement publiée en latin en 1536, puis en français en 1541 dans la traduction de Calvin lui-même. Rééditée en mars 2009, en version abrégée, aux éditions Olivétan, et rélié par editions Kerygma.
 Confessions de foi (1538)
 Traité de la Cène (1540)
 Ordonnances ecclésiastiques (1541)
 Traité des reliques, (1543), Éditions Ampelos
 Avertissement contre l’astrologie judiciaire (1548)
 Traité des scandales (1550)
 Commentaires sur l’Écriture sainte
 Le sommeil des âmes
 Catéchisme de Genève. Choisis la vie … , Éditeur?: Kerygma, ISBN|2-905464-20-8
 Instruis-moi dans ta vérité, Éditeur?: Excelsis, ISBN|2-911260-15-5
 Petit traité de la sainte cène, Éditeur?: Bergers et Mages, ISBN|2-85304-132-8
 Une spiritualité à visage humain, Éditeur?: Excelsis, ISBN|2-911260-81-3

Bibliographie

Éditions anciennes

Il a paru plusieurs éditions de ses œuvres?; la meilleure citée par le Dictionnaire Bouillet au XIXe siècle est celle d’Amsterdam, 1667.

Ses Lettres latines ont été publiées par Théodore de Bèze, 1586 (traduit par Antoine Teissier, 1702)?; ses Lettres françaises, par Jules Bonnet, 1854.

Éditions contemporaines

 Œuvres choisies (contient l’ Épître à Sadolet, le traité des reliques, les préfaces à la Bible?), Gallimard, coll. “Folio”, 1995 (éd. d’Olivier Millet) ISBN|2-07-039250-3
 Œuvres, édition de Francis Higman et Bernard Roussel, Paris, Gallimard, coll. «?Bibliothèque de la Pléiade?», 2009, 1520 p. ISBN | 978-2070114467

Études sur Calvin

Études anciennes

 Sa Vie a été écrite par Théodore de Bèze, puis par Jean-Marie-Vincent Audin, Paris, 1841; par Paul Henry, Hambourg, 1844, et par Félix Bungener, Paris, 1864.
 La vie de Jean Calvin, par Théodore de Bèze, 1993, Éditeur / Édition : Europresse, ISBN|2-906287-46-6

Études contemporaines

 Abel Olivier, Calvin, Pygmalion, Paris, 2009.
 Cottret Bernard, Calvin, Payot, Paris, 1998.
 Crouzet Denis, Jean Calvin, Fayard, Paris, 2000.
 Fuchs Éric, La morale selon Calvin, Cerf, Paris, 1986.
 Hirzel Ernst, Calvin et le calvinisme : Cinq siècles d’influences sur l’Église et la Société, Labor et Fides, Genève, 2008.
 Keller Carl A., Calvin Mystique – au cœur de la pensée du réformateur, Labor et Fides, Genève, 2001.
 Krumenacker Yves, Calvin. Au-delà des légendes, Bayard, Paris, 2009.
 Millet Olivier, Calvin et la dynamique de la parole, H. Champion, Paris, 1992.
 Millet Olivier, Calvin : Un homme, une œuvre, un auteur, Infolio, Paris, 2009.
 Mouton Jean-Luc, Calvin, Gallimard, Paris, 2009.
 Richardt Aimé, Calvin, Éditions François-Xavier de Guibert, Paris, 2009.
 Vial Marc, Jean Calvin : Introduction à sa pensée théologique, Labor et Fides, Genève, 2008.
 Wendel François, Calvin, sources et évolution de sa pensée religieuse, Presses universitaires de France, Paris, 1950, réédité par Labor et Fides, Genève, 1985.
 Zweig Stefan, 1936 Conscience contre violence. Castellion contre Calvin ou Une conscience contre la violence, Le Castor Astral, Paris, 1997.

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